samedi 4 juillet 2026

Juin 2026. De Golinhac à Conques en Rouergue !

14 juin 2026.

Ce matin encore nous partons vers 8 h non sans avoir observé l'une des curiosités du village de Golinhac, un abri œuvre-d'art comme nous en avons déjà trouvé tout au long de notre parcours. Pour cela nous sortons quelques instants du sentier de randonnée en allant en contre-bas du village.



Inspirée des rochers de la Clouque, boules granitiques de Golinhac, et de l'architecte Viollet-le-Duc qui rêvait à la fin de sa vie de restaurer les montagnes dans leur état d'origine, la Chambre d'Or naît des rapports intimes entre géologie, paysages et architecture. Elle offre un abri qui prend soin de ses hôtes pour un temps de contemplation dans cette parcelle ensauvagée.



8 h 30. Il est temps de prendre le chemin car Conques nous attend à 20 km d'ici !

Nous évoluons en terrain découvert avec une météo très favorable. Voici le pays de Varena, vaste plateau qui sépare la vallée du Lot, au nord, de celle du Dourdou. Ces sols maigres et acides ont longtemps maintenu leurs habitants dans une grande pauvreté, où la pomme de terre et la châtaigne constituaient l'ordinaire. La fin du XIXe et le début du XXe siècle vont inverser la donne avec l'introduction du chaulage et l'utilisation des engrais.

Parfois un gué rompt la rectitude du sentier. Ici, les petites rivières sont appelées dazes ou boraldes selon leur situation géographique.



Après 9 km de quasi descente, nous atteignons Espeyrac, ancien domaine gallo-romain cité depuis le XIe siècle. Mais ce qui caractérise ce village c'est le miracle de Guilbert l'illuminé. De retour d'un pèlerinage à Conques, Géraud, jaloux de Guilbert dans lequel il voit un rival, le fait arrêter, le condamne à perdre la vue et lui arrache les yeux de ses propres mains. Une année plus tard, la veille de la Sainte-Foy, Guilbert vit le martyre durant son sommeil. Il se rendit à Conques et recouvra la vue.



De retour sur les hauteurs !


Bientôt Sénergues !


Prendre l'eau du puit !

Planter un clou porte-bonheur !

La partie basse du village possède un patrimoine architectural religieux très riche et le sentier semble nous en éloigner rapidement d'autant que la pente s'accentue. Cependant une clameur nous surprend immédiatement et nous débouchons sans même en avoir pris conscience devant un immense terrain de sport propice à la pétanque mais aujourd'hui les quilles ont remplacé les boules.

Vous souvenez-vous de la statue du joueur de quilles à Espalion ? Et bien c'est le moment de vous parler de ce sport unique en Aveyron. Ce jeu, profondément ancré dans la culture locale, se distingue par ses règles, son matériel et son esprit convivial.  Et pourtant, rien ne prédisposait l’Aveyron, département rural et semi-montagnard du Sud de la France, encore enclavé aujourd’hui, à devenir un « temple du jeu de quilles », plutôt que ses voisins, dans lesquels elles restent à l’état de survivances. 

Je ne donnerai pas toutes les règles mais pour faire simple, il faut une boule en bois de 4 à 6 kg, 8 quilles posées au sol qu'il faudra faire tomber et une neuvième quille qui sera propulsée à son tour en étant frappée par la boule. Une partie se joue aussi à 5 distances successives de 1 à 20 mètres. L'atmosphère est survoltée et les spectateurs soutiennent à fond leurs équipes.

Ambiance garantie !

Nous sortons de Sénergues et cherchons un coin tranquille pour déjeuner !

Nous venons de parcourir près de 5 km sur un plateau, le terme de l'étape se rapproche et il ne reste plus qu'à "descendre". Mais quelle descente, du gros pourcentage et des cailloux.

Juste avant la partie caillouteuse !


Objectif atteint !

Il faut maintenant trouver notre gîte au milieu de ce village tout en ruelles escarpées !








Nous y sommes presque car voici l'abbatiale Sainte-Foy !


Passage par le cloître !

Nous y voilà, notre gîte est situé dans l'ancien prieuré tenu par des bénévoles. Il est ouvert toute l'année. Comme ailleurs nous devons respecter des règles d'hygiène stricte pour nos sacs à cause des puces de lit et nous recevons les consignes pour la suite de la journée, notamment le diner à 19 h dans le grand réfectoire (80 places). Par ailleurs, nous découvrons que des activités sont proposés à l'ensemble des visiteurs avec à 20 h 30, une présentation du tympan de l'abbatiale, à 21 h, un concert piano et violon qui peut être écouté en faisant la visite dans les balcons intérieurs et à l'issue, vers 22 h, un spectacle de 20 min avec éclairage dynamique du tympan. Pour la première fois depuis le début de la randonnée, nous ne serons pas couchés à 21 h 30.


Nous ressortons en ville et prenons place à la terrasse d'un café pour prendre une boisson rafraichissante juste en face de l'abbatiale. Il est temps maintenant de faire un peu d'Histoire.

Nous sommes en 303, c'est le martyre de sainte Foy, une jeune chrétienne d’Agen d’environ douze ans. Elle est victime de la persécution de Dioclétien. Son témoignage de courage, pour un si jeune âge, lui vaut bientôt une admiration universelle.
En 795, l’ermite Dadon se retire à Conques, dans les montagnes du Rouergue, au sud de l’Auvergne. Un monastère s’organise, sous la règle de saint Benoît. Bientôt s’élève une église dédiée au Saint-Sauveur. Puis en 866, les reliques de sainte Foy sont portées d’Agen à Conques : un « rapt » – une translation furtive – ou une mise à l’abri des raids vikings dans la vallée de la Garonne ? Dès la fin du siècle suivant, toute la chrétienté raconte les miracles accomplis par la jeune sainte sur les lieux du sanctuaire de Conques, le pèlerinage prend son essor. Un nouveau sanctuaire est en construction et Conques devient une étape majeure vers Saint-Jacques de Compostelle
Avec la Révolution c'est la suppression du chapitre des chanoines. Le « trésor », caché chez l’habitant, échappe à la destruction et en 1837, Mérimée découvre la richesse exceptionnelle du site et de l’abbaye, et fait commencer la restauration de l’abbatiale.
De nos jours, les prémontrés de Mondaye s’installent à Conques. 7 frères y mènent la vie commune, assurent la prière de l’office divin et le service paroissial, et donnent leur temps à l’accueil des pèlerins, de plus en plus nombreux sur la route de Saint-Jacques de Compostelle. La communauté pratique l’hospitalité, dans le centre d’accueil de l’abbaye où nous avons notre chambre.

Nous dinons comme convenu à 19 h et retournons à notre terrasse extérieure où nous serons bien placés pour écouter l'histoire du fameux tympan, partie décorée en demi-cercle, placée au-dessus de la porte de l’église de Sainte Foy. 124 personnages sont représentés sur cette façade du Jugement dernier. C’est un joyau de l’architecture romane et c’est bien pour cela qu’il a été inscrit au Patrimoine Mondial de l’Unesco !


Après cette présentation théâtrale par l'un des frère de l'abbaye, nous optons pour la visite libre des balcons intérieurs dans une ambiance feutrée et au son des 2 concertistes. Magique !

Au nombre de 250, les chapiteaux romans se répartissent pour l'essentiel à l'intérieur de l'édifice. Grâce à cette visite aérienne, nous pouvons les observer de très prêt. Ci-dessous, les sonneurs de cor qui s'inscrivent en symétrie par rapport à une grande palme.

Ou encore l'Annonciation, avec ce face à face entre la Vierge Marie et l'ange Gabriel !

enfin des griffons appartenant à la faune résolument imaginaire !

L'architecture des lieux nous permet de faire le tour complet !

Les 2 concertistes tout en bas !


Enfin nous ne pouvons pas quitter cette abbatiale sans évoquer Pierre Soulage, l'enfant du pays qui fut chargé de 1987 à 1994 de rénover les vitraux. Comme il le dit lui-même : "C'est la découverte de cette église, chef-d'œuvre de l'art roman occidental qui a déterminé mon choix de se consacrer à la peinture, lorsque j'ai eu quatorze ans, c'est devant l'abbatiale de Conques que j'ai décidé que, seul l'art m'intéressait dans la vie, Conques est le lieu de mes premières émotions artistiques ».

Pierre Soulages se trouve alors face à un immense défi : habiller de lumière l'un des joyaux de l'art roman, mondialement connu pour son architecture et pour son prestigieux Trésor d'orfèvrerie abritant notamment, la statue reliquaire de sainte Foy.

Le décor ainsi planté, je vous laisse juge du résultat tout en sachant qu'il a du réaliser plus de 700 tests de verres pour arriver à la création d'une structure unique qui "laisse passer la lumière mais pas le regard".

Il est près de 22 h lorsque nous rejoignons le parvis pour assister à l'illumination du tympan. Cela va durer 20 min pendant lesquelles chaque partie va faire l'objet d'un éclairage spécifique jusqu'à l'embrasement total. Cette colorisation est exceptionnelle.

Après cette soirée mémorable, nous retrouvons notre chambre avec plaisir car demain c'est une longue journée qui nous attend.

Bilan du jour : 21 km - 460 D+ -   810 D-

vendredi 3 juillet 2026

Juin 2026. D'Estaing à Golinhac !

13 juin 2026.

Avec 17 km, cette étape est la plus courte du séjour et, désormais, nous connaissons bien notre allure et notre routine quotidienne (café au bout de 2 heures, pique-nique à 1 h de l'arrivée). Ce matin, nous avons donc tout notre temps pour profiter d'Estaing, classé l’un des Plus Beaux Villages de France.

Situé au cœur de l’Aveyron, dans la haute vallée du Lot où naissent les monts d’Aubrac, il se niche dans un écrin naturel de collines verdoyantes sur le GR65 « Via Podiensis » des chemins vers Saint- Jacques-de-Compostelle.

L’histoire d’Estaing se confond avec celle de son majestueux château qui émerge et domine le bourg séculaire aux couleurs gris bleutés des pierres de schistes. Au détour de ses ruelles pittoresques, nous allons remonter le temps à la découverte de la petite et grande histoire d’Estaing !


Veillant sur les toits de lauze du village, le Château d’Estaing retrace plus de dix siècles d’histoire de la famille d’Estaing. Classé Monument Historique en 1945, cette importante bâtisse plusieurs fois remaniée au cours des siècles fut pendant 800 ans la demeure seigneuriale des comtes d’Estaing.

Plusieurs membres de la famille d’Estaing, militaires ou religieux, figurent dans l’histoire de France et dans celle du Rouergue, parmi eux :Tristan, héros de la bataille de Bouvines en 1214 ; Pierre, cardinal au XIVème siècle ; François, évêque de Rodez au XVIème siècle ; Charles-Henri, amiral, commandant la flotte française envoyée pour soutenir la guerre d’Indépendance aux Etats-Unis.

En 1794, l’édifice, confisqué et morcelé, est vendu par l’Etat comme bien national. En 1836, les sœurs de Congrégation Saint-Joseph s’y installèrent et mirent près de 40 ans à le reprendre en son entier, le sauvant ainsi de la ruine.

En 2000, la Commune d’Estaing le racheta et le céda 5 ans plus tard à la SCI du Château d’Estaing, constitué par Valéry Giscard d’Estaing, Président de la République de 1974 à 1981. Débuta alors un programme de restauration qui a pour objet de redonner au château son aspect d’origine et d’en faire un lieu de souvenirs. « VGE, un homme au service de la France et de l’Europe ».


Estaing doit aussi sa renommée à Saint Fleuret. Évêque de Clermont connu pour ses guérisons miraculeuses, il mourut ici au 5ème siècle. Depuis, le village le célèbre chaque premier dimanche de juillet.
Ici la fontaine miraculeuse !


Autre bâtiment remarquable, l'ancien collège. C’est un bel et imposant ensemble de style Renaissance situé au centre du village, construit dans les années 1520-1530 pour accueillir les six prêtres de la fraternité St Jean de l’Ouradou. A présent, il est le siège de la mairie et de l’office de tourisme. Il compte de nombreux détails sobres mais de caractère : sa porte d’accès en bois cloutée et au verrou en fer forgé ; l’écusson aux armes d’Estaing, un encorbellement sur pignon ouest qui évoque des mâchicoulis purement décoratifs introduisant, en angle, une sculpture de tête curieuse ; enfin une étonnante passerelle à balustres de pierres.


Le balcon à balustres de pierres !

Au gré des ruelles !



Finissons notre tour par le joyau de la cité, l'église Saint Fleuret. Ce bel édifice religieux fut édifié à la fin du XVème siècle sur les bases d’un ancien prieuré. On y accède par un escalier monumental.

Sur le parvis se trouve une croix calcaire quadrilobée du XVIème siècle à double face. Sur une face elle représente en bas-relief le Christ en croix au-dessus d’une mise en tombeau, en deuxième face une pieta entourée de deux petits anges. Le jardin attenant présente les vestiges de sépultures rupestres rares datant du XIème siècle.

De style gothique, l’église arbore de magnifiques retables, tableaux et statues, en bois dorés des XVII et XVIIIème siècles, mis en valeur par des vitraux contemporains de Claude Baillon.

Dans une chapelle qui lui est dédiée sont exposés les reliquaires de St Fleuret, patron de la paroisse. La châsse de St Fleuret contient, fait rarissime, les ossements quasiment complets, étonnement conservés, d’un homme qui a vécu au Vème siècle et mort à Estaing en grande réputation de sainteté.








9 h. Notre visite prend fin et nous récupérons nos sacs que nous avions laissé dans le gîte. Retour sur le sentier et cette étape, la plus courte, est aussi la seule avec un dénivelé positif supérieur au négatif. C'est plus agréable pour les genoux. Ce soir nous dormirons à 650 m d'altitude.

Les 4 premiers kilomètres sont faciles car nous longeons le Lot et nous profitons de l'ombre apportée par les grands arbres.


Le Lot en contre-bas !

Le chemin s'élève progressivement !



Avant de commencer la partie ascendante, nous traversons un petit gué sur la Luzane et empruntons un chemin de la mémoire. Le maquis Jean-Pierre fait partie de l’histoire de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale. Fondé dans l’Aveyron, au Moulinou, en 1942 par Pierre Monteil, ce groupe de résistants a joué un rôle local important dans la lutte contre l’occupation nazie.
Plus de 400 maquisards sont passés à un moment ou un autre par ce maquis. Après son départ de l’Aveyron, en aout 1944, il comptait 120 hommes. De nombreux jeunes d’à peine 18 ans s’y engagèrent, ainsi que des femmes.

Place aux choses sérieuses ! En 3 kms on gagne 200m d'altitude !

Sculpture locale !

Encore un effort et nous voici sur un plateau exceptionnel qui nous offre de nouveau une vue à 360° sur le nord Aveyron. Nous approchons des hameaux de Fonteilles puis de Falguières.

Bizarre, j'ai pris quelques kg !

Encore 4,5 km !

La dernière partie est très agréable entre sentiers boisés et prairies d'altitude !


Nous prenons possession de notre gîte, chez Claude, au Saint-Martin, installé dans une ancienne maison totalement rénovée pour un accueil chaleureux et rustique.

Un peu de repos !

Cette nuit nous serons à notre aise à trois dans un dortoir de 6. !

Profitons du paysage en toute sérénité !

Comme à chaque fois, notre hôte va nous donner tous les renseignements nécessaires sur ce qui nous attend le lendemain et nous allons nous reposer car les trois dernières journées seront les plus longues. Nous retrouvons à table quelques compagnons de route qui feront demain le même parcours.


17 km - 700 D+ - 370 D-