samedi 10 octobre 2026

De l'île Bourbon à l'île Rouge ! Jour 7 - Le tunnel de lave de 2004 !

31 août 2026.

L’île Bourbon est une terre volcanique, et le Piton de la Fournaise en est le plus bel exemple, régulièrement actif, il vient encore de le prouver avec l’éruption survenue de février à avril cette année. C’est donc tout naturellement que nous consacrerons une demi‑journée à la découverte d’un tunnel de lave, issu plus précisément d’une éruption de 2004.

Rendez‑vous est pris avec notre guide à 9 h ce matin. Compte tenu de la durée du trajet et des embouteillages possibles, un départ de Saint‑Denis à 6 h 30 au plus tard s’impose. Vous l’avez compris : encore un réveil matinal au programme !

Nous reprenons la route du littoral Est, la nationale 2, en direction de Sainte‑Rose. Selon l’état du trafic, nous prévoyons deux haltes avant d’atteindre le tunnel de lave. Ayant pris un petit déjeuner léger, nous en profiterons pour acheter quelques petits pains dans une boulangerie sur le trajet, que nous dégusterons lors de notre premier arrêt, au pont suspendu de la Rivière de l’Est.

Ce pont suspendu, inauguré en 1894, compte parmi les ouvrages d’art les plus emblématiques de l’île. Dès 1862, la nécessité d’un franchissement durable de la rivière s’impose : un premier pont, construit en amont, avait été emporté par une crue après seulement trois ans d’existence. Des travaux sont alors engagés, mais ils sont rapidement interrompus en raison d’une crise économique.

En 1891, un incident marque un tournant : une délégation du conseil général manque de se noyer en tentant de traverser un radier en période de crue. Cet événement relance le projet et conduit à privilégier la solution du pont suspendu, afin d’éviter tout appui dans le lit de la rivière.

Fabriqué en France métropolitaine, le pont est expédié par bateau en pièces détachées, puis assemblé sur place. Mis en service en 1894, il remplit d’emblée sa fonction première : relier les régions Est et Nord de l’île et sécuriser le transport des cannes à sucre, jusqu’alors acheminées par des passages à gué ou des radiers, particulièrement dangereux en période de crue.


En 1979, un nouveau pont en béton est édifié juste en amont : la circulation automobile est alors transférée sur cet ouvrage moderne et le pont suspendu est fermé aux véhicules. À partir de 2016, son accès au public est totalement interdit en raison de son état de dégradation. Classé monument historique en 2018, il bénéficie d’une importante campagne de restauration entre 2021 et 2023, destinée à lui restituer son aspect d’origine de 1894. Depuis 2024, reconverti en passerelle piétonne, il offre un point de vue spectaculaire sur la ravine et la côte Est.


Images avant après !

Nous poursuivons notre parcours au-delà de la commune de Sainte‑Rose pour notre deuxième arrêt de la matinée, entièrement dans le thème du jour : la visite de Notre‑Dame des Laves. Là aussi, l’histoire est incroyable.
L’église Notre-Dame des Laves doit sa célébrité à l’éruption du Piton de la Fournaise en avril 1977, au cours de laquelle une coulée de lave l’a encerclée sans la détruire. Déjà, en 1948, l’édifice avait été entièrement dévasté par un violent cyclone, puis reconstruit à l’identique en 1952.

Le 24 mars 1977, le Piton de la Fournaise se réveille après une longue période de calme ; l’activité se concentre d’abord dans l’enclos, avant que des fissures ne s’ouvrent sur le flanc Nord‑Est. En avril, plusieurs coulées de lave descendent vers la côte, menaçant les villages ; plus de 1 500 habitants sont évacués. Dans la soirée du 13 avril, la lave atteint le village, traverse la RN2, contourne la gendarmerie et arrive devant l’église. La coulée encercle complètement l’édifice, fait fondre le portail et certains éléments extérieurs. Elle ne pénètre dans la nef que sur 3 à 5 mètres, brisant des vitraux sous l’effet de la chaleur, mais sans embraser le bâtiment. Un autre bras de lave contourne l’église et poursuit sa course jusqu’à la mer.

Pour de nombreux Réunionnais, cet épisode est vécu comme un miracle : l’église, au cœur d’un flot de lave, reste debout et largement intacte. Après 1977, elle prend progressivement le nom de Notre-Dame des Laves, en mémoire de cet événement. La coulée solidifiée qui entoure toujours le bâtiment est conservée telle quelle, et l’église devient un lieu de pèlerinage et un site touristique majeur de la côte Est.



La lave de l'autre côté de la route !

Après cette étonnante découverte, il est temps de rejoindre le lieu de rendez-vous où nous faisons connaissance avec notre guide. Il nous explique le déroulé de la visite : une marche d’approche d’environ 15 minutes, puis la découverte du tunnel de lave proprement dit, où nous évoluerons pendant 1 h 30, avant de regagner la sortie, située à 20 minutes du parking.

Le guide nous fournit notre équipement de sécurité composé d'un casque avec sa lampe, de genouillères renforcées et d'une paire de gants. Manifestement, il faut s'attendre à des obstacles coriaces !

Entrée du tunnel !


Les tunnels de lave de la coulée de 2004 sont aujourd’hui les plus longs topographiés à La Réunion, avec environ 6 km de galeries explorées. Ils se sont formés lors d’une éruption du Piton de la Fournaise en 2004, dans l’enclos volcanique, au cœur du « Grand Brûlé ». Comme tous ces tunnels, ils résultent du refroidissement de la surface d’une coulée tandis que la lave fluide continue de s’écouler en dessous, creusant peu à peu une galerie qui se vide ensuite lorsque l’éruption s’arrête.

Le guide nous donne des explications tout au long du cheminement, et nous avons ainsi l’occasion d’apercevoir des formations remarquables : stalactites et stalagmites de lave, banquettes latérales, cascades et voiles de lave, parois vitrifiées. Côté atmosphère, nous évoluons dans une température moyenne de 22 °C, avec un taux d’humidité proche de 95%, ce qui procure une sensation de chaleur « tiède et moite ».


Nous avons choisi la visite « découverte », accessible à tous. La progression dans les galeries alterne marche debout, position accroupie et quelques passages à quatre pattes sur une dizaine de mètres, l’occasion de mesurer la dureté de la roche volcanique. Des cheminements plus sportifs permettent toutefois de rejoindre le boyau principal ; évidemment, je veux les essayer et je suis rejoint par un autre touriste tout aussi téméraire — et « téméraire » n’est pas un vain mot.

Nous nous lançons une première fois dans une galerie qu’il faut d’abord parcourir à quatre pattes, puis, au bout de deux mètres, se mettre à plat ventre et ramper sur une dizaine de mètres jusqu’à la sortie. Cinq minutes d’effort suffisent à nous tremper de sueur. Nous renouvellerons l’expérience à cinq reprises au fil du parcours. Le port du casque et des autres équipements de sécurité prend alors tout son sens : par endroits, il y a juste la place pour glisser les épaules et la tête. Drôle de sensation, et interdiction formelle d’être claustrophobe !



Nous passons 1 h 30 à l’intérieur de la galerie : une très belle expérience, notamment le moment où nous nous asseyons tous ensemble, pendant dix minutes, dans le calme et le noir total, après avoir éteint nos lampes. Un instant de pure zénitude ! Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et nous retrouvons bientôt l’air libre.

les galeries se situent sous la croûte de lave, à quelques mètres de profondeur, dans un paysage lunaire de coulées cordées et de blocs basaltiques. Quant à la végétation, elle reprend vite ses droits dès que la lave a refroidi, les mousses en 2 ans, les lichens en 5 ans et les arbustes en 10 ans.
 

Au terme de cette matinée riche en émotions et en découvertes, nous choisissons de poursuivre notre périple autour de l'île jusqu'à Saint-Philippe, lequel abrite un jardin botanique d'exception. Sur notre route, un dernier arrêt s'impose pour admirer la coulée de lave de l'année, qui a enseveli la chaussée sur 900 mètres. Si le nord de la RN2 ne dégage plus de chaleur, la plateforme en bord de mer, elle, reste strictement interdite d'accès : l'instabilité du terrain et le risque d'effondrement y persistent.


La lave est arrivée jusqu'à la mer pour former cette plateforme interdite de 130 m gagnés sur l'océan pour 665 m de largeur et 100 m de profondeur jusqu'au fond sous-marin.



Il approche 13 h, nous cherchons donc un restaurant avant notre promenade de l'après-midi, et nous en trouvons rapidement un. Direction Vacoas et son rougail saucisses !

Quelques gouttes de pluie nous accompagnent jusqu'à l'entrée du jardin botanique mais rien qui puisse nous empêcher de découvrir cet environnement tropical extraordinaire composé de plus de 1 500 espèces de plantes, arbres et fleurs : plantes à parfum (vetiver, ylang-ylang), à épices (girofle, cardamome, vanille, muscade, poivre…), fougères, orchidées, palmiers, dont beaucoup endémiques ou indigènes.

Je vous laisse un moment profiter des photos...


































Après cet agréable moment, nous reprenons la route sans interruption jusqu'à Saint-Denis. Aujourd'hui, nous aurons parcouru l'intégralité de la route du littoral : le tour complet de l'île est fait. Ce soir, Philippe n'aura pas à cuisiner, nous l'invitons au restaurant dans le quartier animé de la cathédrale. Nous y passerons un excellent moment et profiterons de tout le temps nécessaire pour préparer les deux jours à venir, qui nous rapprochent du dernier objectif du séjour : l'ascension du Piton de la Fournaise. »



















vendredi 9 octobre 2026

De l'île Bourbon à l'île Rouge ! Jour 6 - De Mafate à Hell-Bourg !

30 août 2026. Excellente nuit et réveil en douceur vers 7 h. Le petit déjeuner est prévu pour 8 h donc nous préparons nos affaires tranquillement. Il fait presque froid à l'extérieur mais le soleil est bien présent. 


C’est parti pour au moins deux heures d’ascension pour atteindre le col des Bœufs. Les quelques courbatures du matin sont vite oubliées, d’autant que le panorama qui s’offre à nous est tout simplement exceptionnel. Nous sommes cernés par des remparts vertigineux.


La progression est tranquille et le sentier est en très bon état. Nous prenons rapidement de l'altitude.

Alors que nous avançons tranquillement, voici que nous passons devant une drôle de cabane métallique peinte en bleu et couverte de dessins.  Cette fresque est une œuvre du célèbre graffeur réunionnais Jace, le créateur des célèbres petits personnages sans visage appelés les Gouzous. Réalisée début 2017, cette peinture met en scène ses célèbres personnages Gouzous en pleine excursion vers La Nouvelle, voyageant de manière amusante à vélo, à dos de dodo, ou encore suspendus à un hélicoptère.
 

Chaque zone dégagée nous offre un paysage époustouflant !

Cependant les premiers nuages s'amoncellent !

Après une heure de marche nous retrouvons la plaine des Tamarins. Les arbres dressent leurs silhouettes tortueuses et sont souvent couverts de mousse et de lichens, auxquels s’ajoutent parfois des plantes épiphytes, témoins de la présence fréquente de brouillard et d'humidité.


A propos d'humidité, la pluie revient et tout le reste de l'ascension va se faire sous un crachin tenace. Au milieu des tamarins moussus, la forêt propose une atmosphère presque féerique.


11 h 00. Le col des Bœufs est désormais enveloppé de nuages et balayé par le vent. Heureusement, nous avons pu profiter du panorama la veille. Nous ne nous attardons pas et entamons rapidement la descente par la route forestière jusqu’à notre véhicule.

Une brève accalmie nous permet de nous changer au sec avant de reprendre la route et de poursuivre notre découverte de l’île. Nous avons prévu de rejoindre Hell-Bourg, célèbre pour son cimetière fleuri et ses maisons créoles. Nous y déjeunerons.


Près de 30 min de route plus tard nous posons la voiture et partons à la découverte de cette ville classée parmi Les Plus Beaux Villages de France. Hell-Bourg nous attire autant par son cadre spectaculaire, au cœur du cirque verdoyant de Salazie, que par son riche patrimoine créole. Ses cases colorées, ses jardins fleuris et ses anciennes demeures rappellent l’époque où le village était une station thermale réputée, avant que le cyclone de 1948 ne mette fin à cette activité.

Le clocher de son église !

Les maisons créoles !


Les jardins fleuris !






Ses petites ruelles "tropicales" !


Et son cimetière qui mérite que l'on s'y arrête. Il est remarquable par son caractère paysager et particulièrement fleuri. Les tombes, souvent installées directement dans la terre et plantées d’arums, de bégonias ou d’orchidées, se fondent dans une végétation luxuriante. L’ensemble offre une atmosphère paisible et originale, avec une belle vue sur le piton d’Anchaing. Il abrite notamment, la tombe d’Auguste Lacaussade, poète réunionnais du XIXᵉ siècle et celle de Volcenay Zitte, un ancien bandit dont le corps repose à Hell-Bourg, tandis que sa tête aurait été enterrée à Saint-Denis.
Sa particularité tient aussi à l’organisation irrégulière des sépultures et à l’abondance des fleurs, qui lui donnent davantage l’apparence d’un jardin tropical que d’un cimetière traditionnel. Cette singularité contribue à l’attrait patrimonial de Hell-Bourg.

Avant de reprendre la route, nous nous régalons d’un incontournable rougail saucisses, puis nous prenons la direction de Saint-Denis, avec un petit détour par Saint-André. Nous souhaitons simplement nous approcher de l’océan : ce versant de l’île, exposé aux vents dominants, connaît souvent une mer agitée, ce qui est encore le cas aujourd’hui.

En rejoignant la route du Littoral, nous profitons également de l’occasion pour découvrir un dernier temple hindou, le temple du Colosse.



Encore une journée bien remplie et nous serons rentrés de très bonne heure à la maison. Tant mieux car demain nous devrons remettre le réveil pour un départ très matinal.