lundi 19 octobre 2026

De l'île Bourbon à l'île Rouge ! Jour 6 à Madagascar - De Ambositra à Ranomafana !

 AMBOSITRA / RANOMAFANA (ENVIRON 158 KM +/-5H)

9 septembre 2026.

Avant de prendre la route pour rejoindre le parc national de Ranomafana où nous passerons deux nuits,  une randonné matinale vers le mont Antety est programmée. Momo nous dépose entre les mains du guide et nous entamons immédiatement notre parcours qui devrait s'établir autour de 9 km. 

Le mont Antety est une montagne des Hautes Terres malgaches. C’est l’un des principaux points de vue naturels autour de la ville, réputé pour son panorama sur les rizières en terrasses, les collines betsileo et les environs d’Ambositra. Nous devrions atteindre ce sommet situé à 1700 m d'altitude en 1 heure et demi.

La météo maussade n'entame pas notre moral !

Le cheminement est très agréable car nous utilisons les sentiers et les multiples passages entre les rizières.

De tous les hameaux descendent les habitants qui vont au marché d'Ambositra !

Petit kiosque !


Blanchisserie en plein air !


Toujours en équilibre !






Maison typique en briques rouges !

D'autres enduisent les façades !



Entrée d'un village !



Une fontaine à eau pour la population. Elle sera accessible pendant 2 heures dans la journée !

Cette jeune maman amène sa petite à l'école !

Notre chemin se poursuit vers la zone montagneuse !

Nous passons devant un enclos à zébus où se déroule le « rodéo » malgache qui s’appelle le savika. C’est un sport et un rite traditionnel des Betsileo des Hautes Terres, particulièrement vivant autour d’Ambositra : un homme affronte un zébu à mains nues dans une arène, sans mise à mort de l’animal.

Le participant cherche à maîtriser le zébu en l’agrippant par les cornes, le cou ou la bosse, afin de le faire tomber ou de le contrôler. Il n’y a ni épée, ni banderilles, ni mise à mort : le duel s’arrête lorsque le zébu est épuisé, maîtrisé, ou lorsque le participant se blesse.

Le savika n’est pas seulement un spectacle : il accompagne des fêtes, des rites de passage et des cérémonies communautaires. Traditionnellement, il permettait aussi aux jeunes hommes de prouver leur courage et leur force devant les familles, notamment dans un contexte de séduction et de mariage.

Avant l’affrontement, certains participants suivent des préparations rituelles : protections traditionnelles, mélanges de plantes et pratiques censées donner force ou protection. Ces éléments soulignent le caractère sacré et codifié de la tradition.

La pratique est présente dans les Hautes Terres centrales, mais elle est particulièrement associée à la région d’Ambositra, en pays betsileo. Des tournois peuvent se tenir dans des villages ou des arènes aménagées, notamment lors de grandes fêtes comme Pâques ou la Pentecôte. Le savika reste dangereux : les cornes peuvent provoquer des blessures graves, et les combattants s’exposent réellement aux charges et aux piétinements. En revanche, contrairement à la corrida espagnole, le zébu n’est pas tué à la fin du spectacle ; l’animal est au contraire un bien précieux dans l’agriculture et la culture malgaches.
 

Nous continuons à nous élever !


Une promeneuse d'oie !

Jouet local !


Nous passons devant ce qui s'apparente à une fouille géologique et le guide nous indique que ce sont des tombeaux. Les tombeaux en pierre permettent de déterminer l'importance sociale d'une famille et se mesure à la grandeur de son tombeau. Traditionnellement, les tombeaux des Hautes Terres sont construits à partir de grandes dalles de pierres plates superposées. Sur le mont Antety, les sépultures anciennes et les mémoriaux étaient volontairement installés sur les sommets des collines et des montagnes. Être placé en hauteur permet aux ancêtres de veiller sur le territoire, sur les rizières et sur leurs descendants.



Nous voici au belvédère du mont Antety à 1 700 m d'altitude !


Mais d'où viennent toutes ces personnes chargées de marchandises qui descendent jusqu'à Ambositra ? Il y a un hameau juste après le sommet et nous allons nous y arrêter quelques minutes car nous serons invités à pénétrer dans une maison pour rencontrer le chef du village.


Un charbonnier en plein travail !

Nous pénétrons dans la maison du chef du village par le rez-de-chaussée, où le guide nous fait entrer. Heureusement que nous avons nos lampes frontales : l'obscurité y est totale. Un zébu et un cochon partagent cet espace, d'où un escalier très raide et très étroit part vers l'étage. Vers où nous mène-t-il ?

À l'étage, une première pièce sert de cuisine. Une vieille femme nous y accueille avec le sourire et nous introduit dans ce qui doit être la pièce principale. Un homme d'âge indéfini nous y attend : c'est le chef du village. Nous nous installons tant bien que mal sur des sortes de bancs et, surtout, nous nous couvrons bien, car, après l'effort, le froid et les courants d'air se font vite sentir.

Après nous avoir présentés, le guide demande au vieil homme de nous décrire les caractéristiques de son habitat, la tradition betsileo étant régie par de nombreuses règles. Mais le guide s'embrouille dans ses explications et, honnêtement, nous n'y comprenons pas grand-chose sur le moment. Une seule envie nous anime : repartir et nous réchauffer en marchant.

Encore quelques minutes de civilités puis nous remercions nos hôtes et quittons la maison par le même escalier escarpé.


Avant de reprendre le cours de la randonnée, voici quelques éléments relatifs à l'habitat Betsileo.

Les caractéristiques liées à l’orientation sont au cœur de leur habitat : la maison n’est pas seulement un abri, mais un espace ordonné selon les directions cardinales, les ancêtres et les valeurs sociales. La règle la plus visible est l’ouverture de la porte principale vers l’ouest, tandis que le coin nord-est constitue la zone la plus sacrée.

La porte principale s’ouvre traditionnellement vers l’ouest, comme les petites fenêtres. Cette orientation permet à la lumière du soleil de traverser la maison du lever au coucher, tout en plaçant les ouvertures à l’opposé des vents et pluies venant de l’est. Le choix de l’ouest a aussi une valeur symbolique : c’est la direction du soleil couchant, associée à la vie quotidienne, tandis que l’est, direction du lever du soleil, est liée aux ancêtres et au sacré.

Le coin nord-est est appelé zoro firarazana, le "coin des ancêtres", et concentre les valeurs de sainteté, de pouvoir et de protection. C’est là que l’on peut placer des objets protecteurs, des offrandes ou des éléments liés au culte des ancêtres.

La construction pouvait aussi être précédée de la consultation d’un mpanandro, astrologue ou spécialiste des traditions, chargé de déterminer l’emplacement, l’orientation et les dates favorables. Chez les Betsileo, cette tradition se retrouve notamment dans l’orientation des portes vers l’ouest et dans la sacralisation du coin nord-est. Elle relie ainsi l’architecture domestique à un système plus large de représentation de l’espace, où nord, est, sud et ouest hiérarchisent les rôles familiaux, les activités et le rapport aux ancêtres.


La fin de la randonnée est très agréable car nous rencontrons beaucoup de gens et traversons de nombreux hameaux.





Il est près de 11 h lorsque Momo nous récupère avec le véhicule sur une piste en latérite à 10 minutes de Ambositra. Maintenant, il nous faut rouler pour rejoindre l'étape du soir. La route d’Ambositra à Ranomafana fait environ 135 à 160 km et demande généralement 4 à 5 heures. Elle commence sur la RN7 à travers les hautes terres betsileo, puis bifurque vers l’est sur la RN25 pour plonger dans la forêt humide du parc.

Nous allons parcourir environ 90 km sur la RN7, soit près de 2 heures. La route traverse un paysage de collines, de rizières en terrasses, de villages de brique et de champs cultivés, avec une circulation mêlant camions, taxi-brousse, zébus et piétons. Si la route est goudronnée, elle reste étroite, avec des portions parfois abîmées, des nids-de-poule et des travaux ; les dépassements demandent de la patience.




A chaque traversée de village, le guide attire notre attention sur les vêtements et effectivement il y a un point commun important qui touche aussi bien les hommes que les femmes, c'est le port du Lamba, le vêtement traditionnel betsileo. une grande pièce d’étoffe rectangulaire, en coton ou en soie, que l’on drape autour du corps selon le sexe, l’âge, le statut et l’occasion. Chez les Betsileo des Hautes Terres, il sert aussi bien de vêtement quotidien que de châle, de couverture, de porte-bébé ou de linceul rituel.


Comme nous avons encore de la route, pas de restaurant ce midi mais un arrêt casse-croute avec sandwich à l'omelette et des fruits, nous nous rattraperons ce soir. 

Aire de pique-nique !

Et pendant le repas, le spectacle continue !






Il est temps de poursuivre et bientôt arrive la bifurcation vers Ranomafana. Encore 70 km sur la RN25, souvent estimés à 1 h 30 à 2 h 30 selon l’état de la chaussée, la pluie et la circulation. La route descend des hautes terres vers la vallée de la Namorona, devient plus étroite et très sinueuse à mesure que la forêt se referme. Après la bifurcation, le changement est rapide : les cultures laissent place à des pentes boisées, à une végétation plus dense et à une atmosphère humide. À l’approche de Ranomafana, la RN25 longe des reliefs escarpés et descend vers la rivière Namorona, dont les rapides et cascades accompagnent l’entrée dans le parc national.





La route est vraiment plus étroite !



Distillerie artisanale !

Et le rhum à disposition !








Momo arrête le véhicule sur le bas-côté car il vient de voir une scène rarement visible de la route. Nous avons devant nous un site d'orpaillage avec les personnes qui creusent et ceux qui tamisent au bord de la rivière.


Et 5 minutes plus tard, une autre scène moins cocasse, un camion s'est renversé dans la rizière et la population est en train de récupérer les marchandises pour la charger dans un autre véhicule. L'accident a du avoir lieu ce matin. Nous aurons l'occasion de voir plusieurs fois des véhicules dans le bas-côté, notamment les taxis-brousse qui roulent vraiment trop vite.





Bientôt le parc !

Pause photo à la cascade !

18 h, la nuit tombe déjà et il nous reste encore 15 km à parcourir car nous logons dans la vallée. Petite distance en temps normal mais la pluie s'est invitée et l'étroitesse de la route rend difficile les croisements avec les poids-lourds. Par ailleurs, les nids de poule sont énormes et demandent une conduite fine de la part de Momo qui nous amènera à bon port.

Zone tropicale, attention aux serpents !

Nous arrivons bien sûr de nuit et, après avoir déposé nos affaires à l'hôtel, Momo tient à nous offrir un apéritif dans un bar du coin, à cinq minutes à pied. Nous savourons pleinement ce moment en sa compagnie, et c'est l'occasion de goûter un vin rouge local. Erreur fatale : c'est littéralement du vinaigre ! Peu importe, l'instant reste des plus agréables, et nous rejoignons tranquillement le restaurant de l'hôtel pour y prendre notre dîner.


Ce soir, brochettes de zébu, un régal !