vendredi 16 octobre 2026

De l'île Bourbon à l'île Rouge ! Jour 3 à Madagascar - De Antananarivo à Antsirabe !

 6 septembre 2026. ANTANANARIVO / ANTSIRABE (170 KM +/- 6H)


Sur les hautes terres centrales de Madagascar se trouve Antananarivo, capitale et principale porte d'entrée de l'île. La haute-ville est dépositaire de l'âme d'Antananarivo. Là sont les palais, les églises en pierre de taille, les vieilles demeures à colonnades, les places où les anciens souverains ont laissé leurs empreintes dont le Palais de la Reine. Dans la partie nord de la ville, le parc Tsarasaotra est reconnu comme site d'observation de l'avifaune. À l'autre bout de la ville, dans le quartier de Tsimbazaza, le parc du même nom est une véritable institution et la flore et la faune endémiques de Madagascar y sont représentées : oiseaux, reptiles, batraciens, lémuriens dont des espèces nocturnes. La région offre un paysage de chaînons et de hauts plateaux dénommés Tampoketsa, de plaines d'alluvions, de complexes
volcaniques et de collines chauves ou " tanety " par endroits recouverts de pins et d'eucalyptus.

Depuis notre chambre, vue sur le Palais de la Reine !

Ce matin, avant une longue route vers Antsirabe, nous avons rendez-vous avec un guide local pour effectuer la visite du Palais de la Reine, monument emblématique de la capitale malgache. Ce palais, appelé Manjakamiadana (« là où la reine règne dans le bonheur »), est une enceinte royale fortifiée située au sommet de la colline sacrée d'Analamanga (≈ 1 462 m d'altitude), dans la Haute-Ville (2ᵉ arrondissement) de la capitale de Madagascar. C'est le plus célèbre des rova (forteresses royales) du pays et il domine la ville de 200 à 250 mètres.

Devant l'entrée principale !

Dès l'entrée, nous passons près de deux symboles importants de la culture Mérina, le peuple des Hautes Terres. Voici la statue en bronze doré du Voromahery, l'oiseau puissant, un faucon, symbole de la royauté, et la colonne de pierre, symbole de puissance et de fertilité. Dans l'enceinte de l'Anatirova, cette pièce incarne l'autorité masculine, la virilité et la pérennité de la dynastie royale. Sa juxtaposition avec le faucon vient parfaire l'expression visuelle de la force de l'État malgache.

Cet ensemble a été conçu sous le règne de la reine Ranavalona Ire et ce portail d'entrée monumental a été dessiné par le missionnaire et architecte écossais James Cameron.

La grosse pierre sphérique au premier plan servait historiquement d'épreuve de force. Selon la tradition orale du palais, les hommes qui souhaitaient intégrer la garde royale ou devenir les guerriers de la Reine devaient être capables de soulever ou de déplacer cette lourde roche. C'était un symbole de puissance physique, de courage et de valeur.
Je ne vais pas entrer dans la garde royale !

La résidence royale !

Vers 1625, le roi Andrianjaka s'empare de la colline Analamanga avec 1 000 soldats et y érige un premier rova, avec notamment sa maison préférée, Besakana, la case blanche sur la photo qui a été reconstituée. Le site devient la capitale du royaume. De 1787 à 1810 vient le roi Andrianampoinimerina. Après la réunification du royaume, il fait d'Antananarivo la capitale de l'Imerina en 1794 et construit de nombreux bâtiments dans l'enceinte, dont ses appartements personnels. Puis le palais est édifié entre 1839 et 1841 par l'ingénieur français Jean Laborde (naufragé devenu consul de France) pour la reine Ranavalona Iʳᵉ, en bois dans le style traditionnel Trano Vola, sur l'emplacement de la première case du roi.
Sous Ranavalona II, en 1867, le palais est reconstruit en pierre par l'architecte britannique James Cameron, notamment pour résister à la foudre. Le Rova reste la résidence des souverains jusqu'en 1895-1896, date de la colonisation française et de l'exil de Ranavalona III, dernière reine de Madagascar.



Ce monument commémore le roi Radama Ier (qui a régné sur Madagascar de 1810 à 1828) ainsi que l'histoire de l'écriture et des premières écoles malgaches.

L'introduction de l'alphabet latin à Madagascar a marqué un tournant historique majeur, bouleversant la culture, l'éducation et l'administration du royaume sous le règne du roi Radama Ier. Avant l'adoption de l'alphabet latin, la langue malgache s'écrivait principalement à l'aide de l'écriture arabo-malgache, appelée le Sorabe. Cette écriture était jalousement gardée et maîtrisée par les devins et savants de la cour pour consigner des textes sacrés, des généalogies ou des formules magiques. Elle n'était pas utilisée pour l'éducation de masse.

Désireux de moderniser son armée et son royaume, le roi Radama signe un traité avec le gouverneur britannique de l'île Maurice. C'est dans ce contexte que les missionnaires britanniques comme David Jones et Thomas Bevan arrivent à Antananarivo en 1820. Leur objectif principal était de traduire la Bible en malgache et d'ouvrir des écoles, mais pour cela, il fallait fixer la langue par écrit de manière accessible.

Le choix de l'alphabet a fait l'objet de longs débats à la cour royale entre partisans de l'écriture arabe et partisans de l'écriture latine. C'est finalement le 26 mars 1823 que le roi Radama tranche officiellement par un décret royal : l'alphabet latin est adopté pour transcrire la langue malgache. Immédiatement après cette décision, les premières écoles officielles ouvrent leurs portes, notamment à Besakana (au sein même du palais du Rova d'Antananarivo). Les premiers élèves, dont les noms sont gravés à la base du monument étaient de jeunes nobles de la cour. Ils ont rapidement appris à lire et à écrire pour devenir les futurs cadres administratifs et enseignants du royaume.



La chapelle royale !


Vue depuis la tour haute du Palais !


Après cette remarquable visite commentée par un guide extrêmement concerné par l'histoire du lieu, il est temps de prendre la route. Il faut compter environ 4 heures pour atteindre notre objectif, Antsirabe, situé à 170 km en empruntant la nationale 7 qui sera notre fil rouge jusqu'au bout du voyage. Nous nous arrêterons plusieurs fois en chemin notamment pour déjeuner et visiter un artisan.


Quittant la capitale par le sud, la Nationale 7 s'échappe des collines rouges d'Antananarivo pour s'enfoncer dans les hautes terres du Vakinankaratra. Sur environ 170 km d'asphalte, elle serpente entre collines et vallées, offrant le paysage emblématique des Hauts Plateaux : un damier de rizières en terrasses descendant les pentes comme des escaliers d'eau, des villages aux maisons de brique rose aux toits de tuiles, des charrettes à zébus et des marchés animés au bord de la route. La campagne est intensément verte, ponctuée de champs de maïs, de manioc et de légumes.



Jouets en bois en bord de route !


Fabrique de briques !


Les marchés animés !


Ci-dessous un Koba, un dessert traditionnel malgache à base de farine de riz, cacahuètes moulues grillées, bananes écrasées, miel ou sucre roux. La pâte est enveloppée dans des feuilles de bananier, puis cuite longuement à la vapeur, parfois jusqu'à 24 h pour les gros kobas. Une fois cuit, on déplie les feuilles et on le découpe en tranches, souvent en fines tranches pour accompagner un café ou un thé au gingembre. Nous aurons l'occasion d'en gouter une part dans quelques jours à l'occasion d'une randonnée et c'est plutôt pas mal.

Marché aux vêtements !

Briques prêtes à l'emploi !

Un camion taxi comme nous en verrons beaucoup ! Il dessert la RN 7 sur 900 km entre Tuléar (notre destination finale) et la capitale. 

Sur ces Hautes Terres, nous restons en territoire Merina. Leur habitat traditionnel, toujours d'actualité,  est facilement identifiable. La maison comporte des murs en briques rouges, souvent à deux ou trois étages au gabarit étroit et haut, une forme héritée de pratiques défensives : on dormait à l'étage et on retirait l'échelle la nuit. L'orientation est toujours vers l'ouest, conformément à la tradition merina.

Cette architecture a été codifiée par la royauté. À l 'origine, le bois était réservé aux nobles, le roi Andrianampoinimerina interdit la construction en dur dans Antananarivo, si bien que le peuple villageois bâtissait en pisé (argile latéritique montée par lits successifs), matériau omniprésent dans les campagnes. 

Au XIXᵉ siècle, la monarchie puis la bourgeoisie adoptent brique et tuile : Ranavalona II impose des couvertures non combustibles (1868-1869). En campagne, les villages sont blottis au sommet ou à flanc des collines, entourés de rizières en gradins, avec des fours à briques, fréquents dans le paysage, les fameuses briques rouges qui sèchent en pyramides au bord de la route.

Nous roulons depuis 1 h et Momo nous propose un déjeuner original et quelque peu "décalé". Nous faisons halte à Behenjy, capitale malgache du foie gras, oui, la capitale malgache du foie gras. Bienvenue au restaurant "Au coin du foie gras" où nous allons nous régaler des spécialités maison : foie gras poêlé et en terrine, magret de canard et canard confit. Une vraie belle surprise !

Difficile de garder les yeux ouverts après un tel repas cependant le spectacle est permanent et je garde l'objectif rivé sur la route, ici une "boutique de Sainte Vierge".

Habitat Merina !


30 km plus loin, nouvelle halte. Momo a prévu la visite d'un ateliers de recyclage d'aluminium. C'est à Ambatolampy que se trouve le grand centre de recyclage artisanal de l'aluminium à Madagascar. Presque toute la vaisselle en aluminium du pays y est fabriquée à partir d'alu récupéré, cannettes, boulons, déchets de menuisiers et surtout pièces de voitures comme des carters de moteur brisés à la masse. Le métal est fondu dans des creusets en argile sur des foyers ardents, puis coulé dans des moules en sable (latérite) ; en moins d'une minute la pièce démoulée, est ébavurée, polie et finie. Le trop-plein d'aluminium est réutilisé — rien ne se perd.

Nous croyons entrer dans une usine et nous découvrons qu'il s'agit en fait d'une multitude d'ateliers familiaux. Un artisan peut produire une cinquantaine de marmites par jour dans des conditions de travail justes inimaginables chez nous. Le savoir-faire a été introduit vers 1915-1951 par Randrianantoanina, de retour d'Europe, et se transmet de génération en génération. Nous allons pouvoir toucher de très prêt ce travail pénible et dangereux en observant toutes les étapes : fusion, moulage au sable, démoulage, et polissage. Incroyable !

Pour atteindre l'atelier, passage par le marché !





Et c'est parti !





Attention c'est très chaud !

Attention aux pieds !

Et voilà le résultat !

Fignolage !


Cette visite d'atelier est incroyable et nous nous souviendrons longtemps de cette famille. Retrouvons notre véhicule et parcourons les 93 derniers kilomètres. 



Grosse fatigue !

La musique est importante à Madagascar et il existe de très nombreux orchestres présents lors des cérémonies. Nous en parlerons ultérieurement.





Ancien et moderne !

Petite pause au-dessus des rizières !

Il rejoint sa fanfare !

Ils vont pousser ce chariot sur plusieurs kilomètres !


Taxi-brousse presque complet !

Retour des champs !


Un poste de contrôle de la gendarmerie ! Il y en aura près de 60 sur l'ensemble du trajet en prenant aussi en compte ceux tenus par la police. Leur rôle est de vérifier les papiers d'identité et de s'assurer que les chauffeurs de taxis-brousse sont en règle. Notre chauffeur sera lui-même contrôlé à quatre reprises.



Plus loin les montagnes se font plus hautes. Peu à peu, l'air se rafraîchit : à 1 500 m d'altitude apparaît Antsirabe, la « ville où il fait bon rester », station thermale aux allures coloniales, réputée pour ses pousse-pousse bariolés, ses lacs de cratère, ses ateliers d'artisanat et la taille de ses pierres semi-précieuses.

Cette fois nous posons nos valises pour 2 nuits car demain nous randonnerons toute la journée. Une bonne occasion pour profiter pleinement de cette belle région.