mercredi 7 octobre 2026

De l'île Bourbon à l'île Rouge ! Jours 3 et 4 : objectif le Piton des Neiges à 3070 m d'altitude !

Avant de décrire ces 2 prochaines journées, il convient de faire un peu de géographie pour bien comprendre l'environnement naturel qui nous attend.

La Réunion est une île volcanique organisée à la fois par un relief très marqué et des contrastes climatiques importants. Elle couvre environ 2 512 km², mesure près de 70 km dans sa plus grande longueur pour 50 km de large. Le relief s’articule autour de deux grands massifs volcaniques :
- Le massif du Piton des Neiges, au nord-ouest, volcan ancien et éteint. Il culmine à environ 3 070 m et abrite les trois grands cirques naturels de l’île.
- Le massif du Piton de la Fournaise, au sud-est, volcan toujours actif, qui atteint environ 2 630 m.
Entre ces deux ensembles s’étendent notamment la plaine des Palmistes et la plaine des Cafres. Le centre de l’île est dominé par trois cirques creusés par l’érosion :
Mafate, très enclavé et accessible à pied ;
Salazie, très verdoyant et particulièrement arrosé ;
Cilaos, entouré de reliefs escarpés et accessible par une route sinueuse.

Aujourd’hui, nous pénétrerons dans le cirque de Cilaos pour une randonnée matinale. Ce soir, nous dormirons à 2 400 m d’altitude, au gîte de la Caverne Dufour, afin de nous rapprocher au plus près du sommet du Piton des Neiges, l’objectif principal de notre séjour.

Réveil à 5 h pour un départ prévu à 6 h : trois heures de route nous attendent. Cilaos n’est accessible que par la RN5, qui part de Saint-Louis, sur la côte sud-ouest, et remonte les gorges du Bras de Cilaos jusqu’au village, situé à environ 1 200 m d’altitude.

Cette route est surnommée la « route aux 400 virages ». Elle serpente entre ravins et remparts, traverse plusieurs tunnels étroits et offre des panoramas spectaculaires. Il faut compter environ 35 km et une heure à une heure trente depuis Saint-Louis, selon la circulation et les conditions de route.

La chaussée est étroite et exposée aux chutes de pierres. Certains tunnels sont soumis à une circulation alternée : dans ces passages, le véhicule déjà engagé est prioritaire. Dans certains virages sans visibilité, il est également recommandé de klaxonner afin de signaler sa présence.

Conduire dans ces conditions demande une grande concentration. J’ai été bien content d’avoir un bus devant moi pendant environ 5 km : il m’a en quelque sorte ouvert la route. Il est 9 h lorsque nous atteignons enfin Cilaos.

Nous faisons le plein des gourdes et notre randonnée vers la cascade de Bras Rouge peut commencer. Au programme 6,5 km, 450 m de D+ essentiellement sur le retour et près de 3 h de marche.


Une interminable descente se profile devant nous, mais le sentier reste agréable. La végétation alterne entre sous-bois touffus et passages plus dégagés, qui offrent de beaux panoramas sur les montagnes environnantes.

Nous prenons véritablement conscience des difficultés qui nous attendent : il n’y a pratiquement jamais de portions planes ; soit l’on monte, soit l’on descend. Heureusement, le spectacle est toujours au rendez-vous.





Magnifique Choca vert !

On parvient à la Ravine Ferrière facilement reconnaissable à son petit bassin alimenté par une courte cascade.

On entend de plus en plus la cascade du Bras Rouge qu'on ne tarde pas à rejoindre à deux pas du gué. Depuis le garde-corps, la chute est impressionnante et j'ai volontairement entouré en rouge la personne qui s'avance juste au-dessus, ce qui est fortement déconseillé car la roche est très glissante.


Petite pause café au niveau du gué !

Il ne nous reste plus qu’à revenir sur nos pas pour rejoindre notre véhicule. Nous aurons mis trois heures pour effectuer ce parcours. À 12 h 30, nous achetons de quoi préparer un pique-nique, puis nous nous installons dans un petit square de Cilaos afin de reprendre des forces, car la deuxième partie de la journée s’annonce plus éprouvante.

13 h : nous reprenons la voiture pour 15 minutes de route en direction de Bras-Sec, jusqu'au parking du Bloc, point de départ de notre ascension. Face à nous : 1 200 m de dénivelé sur 6 km, soit une pente moyenne de 20 %. Le profil est une montée quasi régulière et soutenue, sans replat notable, un terrain qui grimpe en réalité par de longues séries de marches en escalier et de lacets serrés. 4 heures d'effort nous attendent avant d'atteindre le gîte de la Caverne Dufour.

Prêt !

On rencontre tous les types de sentiers de la région avec la terre, la boue, les marches en pierre ou en bois ou quelques échelles. Les faux plats sont très rares et ne permettent pas de se reposer. Les points de vue sur le cirque sont également assez rares mais un belvédère en bois aménagé spécialement permet de voir la ville de Cilaos au loin.








Sachant que la montée est longue et pénible, nous prenons un rythme lent et adapté au groupe. A mi-parcours, le sol est moins pentu car on se retrouve sur le Plateau du Petit Matarum. Une halte est possible sous un abri situé près d'une source rafraîchissante. Si nous avons bien monté jusqu'alors et que les jambes chauffaient avant le plateau, il faut se préparer à une pente beaucoup plus forte à partir de la Ravine des Prunes. La deuxième partie peut débuter. Elle est constituée de dizaines de lacets courts et abrupts très souvent recouverts de cailloux. Heureusement, des portions très bien aménagées par des marches en planches ou des échelles permettent de franchir certains obstacles plus facilement. Cette zone est le domaine des grands branles verts. Après une interminable série de lacets et un grand oratoire sur la droite annonçant la proximité du col, on rencontre au sommet le sentier de droite qui vient de Bourg Murat. 

Branles verts, la végétation des 2 000 m !

Une petite halte au sommet s'impose et permet de voir le chemin parcouru en jetant un regard vers Cilaos. On voit également très bien le gîte qui va nous accueillir dans une dizaine de minutes.



Même si le frais se fait sentir au niveau du gîte, le soleil brille encore suffisamment pour nous permettre de savourer l'instant présent avant la tombée de la nuit. Nous prenons possession de notre chambrée, déjà occupée par quatre autres randonneurs, et préparons notre couchage ainsi que nos affaires pour le lendemain. Car demain, le réveil est fixé à 3 h 30 pour un départ à 4 h, condition indispensable si l'on veut espérer assister au lever du soleil au sommet du Piton des Neiges.


Pour l'instant, il faut s'habiller chaudement car le gîte n'est pas chauffé, et le repas est prévu à 19 h. Pour patienter, nous prenons une boisson chaude et décryptons déjà l'incroyable montée du jour, tout en nous posant des questions pour demain, notamment sur les conditions météorologiques, qui ne semblent pas très favorables.

L'heure du dîner arrive, et c'est un rougail saucisse qui nous est servi. Inutile de dire que le riz va avoir un énorme succès. À l'issue du repas, personne ne traîne : les lumières du gîte s'éteignent peu à peu, tandis que le silence ne va bientôt plus être troublé que par quelques ronflements…

Bonne nuit !


28 août 2026, 3 h 30 du matin, le réveil sonne !

Nous n’avons pas eu froid cette nuit, mais sortir du sac ce matin relève d’un tout autre défi. Les quatre jeunes sont déjà en train de s’habiller ; de mon côté, je m’équipe sommairement et sors du gîte pour consulter la météo. Catastrophe : un brouillard épais et une fine pluie m'accueillent. Certains randonneurs s’apprêtent déjà à partir, tandis que d’autres préfèrent retourner se coucher. J’échange avec quelques-uns, mais, comme souvent, les avis divergent : le temps devrait s’améliorer vers 7 h, ou peut-être 10 h, voire même à midi. Difficile de se faire une opinion ferme.

Fort de ces informations contradictoires, je retourne à la chambre et fais un bref résumé à mes camarades. Tous sont déjà habillés et la décision ne tarde pas : nous y allons ! De toute façon, c’est quitte ou double : si nous voulons voir le lever du soleil, il faut être au sommet avant 6 h. Il faut également prendre en compte que nous devrons tout redescendre, avec une halte prévue au gîte pour un petit-déjeuner entre 8 h et 9 h.

La nuit est encore profonde lorsque nous entamons l’ascension au milieu d’un chaos rocheux. Heureusement, des marques de peinture blanche, très rapprochées, jalonnent le sentier. Même ainsi, nous nous égarons à quelques reprises. Nous progressons en silence, très concentrés sur notre allure, veillant en permanence à poser les pieds au bon endroit.


Au bout d’une heure de marche, nous atteignons le passage d’un talweg qui marque le début de la Rivière du Mât. Les gros cailloux laissent place à des gravillons et à de la terre, bien moins stables. Nous en venons presque à regretter les blocs rocheux de tout à l’heure. La météo ne s’est toujours pas améliorée et le vent fait son apparition par intermittence. S’il n’y avait, loin devant nous, quelques lueurs vacillantes, nous pourrions nous croire seuls au monde.




La luminosité s’améliore peu à peu et nous constatons que la végétation a presque entièrement disparu. La dernière portion du trajet s’effectue avec, en ligne de mire, une station météo : le sommet n’est plus très loin. À cet instant précis, pas de soleil à l’horizon, mais un vent soutenu de face qui semble vouloir nous interdire l’accès au piton. Il en faut plus pour nous décourager et, une vingtaine de minutes plus tard, nous atteignons le toit de l’océan Indien, à 3 070 m d’altitude. 6 h du matin, la visibilité reste très moyenne, mais la pluie a cessé et nous pouvons enfin nous prêter au rituel de la photo devant le panonceau.

 Victoire !

Il ne reste plus qu’à attendre le lever du soleil. Malgré l’envie de se remettre en route, car le froid commence à nous pénétrer, nous gardons confiance. Et notre patience est bientôt récompensée : le ciel se dégage peu à peu, et le rouge devient la teinte dominante. Nous voilà désormais au-dessus des nuages, et le soleil vient enfin nous réchauffer… du pur bonheur !

Le panorama depuis ce sommet ne se décrit pas, il se mérite et il faut absolument aller le voir de plus près. L'oxyde de fer dans les laves anciennes a donné au sol une teinte tirant sur le rouge. Certains endroits déchiquetés et très sauvages donnent envie de descendre pour s'en approcher. Attention cependant aux glissades qui pourraient se finir inévitablement dans des précipices de plusieurs centaines de mètres de profondeur abrupts.


Comme chaque fois que l’on atteint un sommet, une attraction incontournable nous retient sur place, mais il faut déjà penser à la descente vers Cilaos, qui représente une nouvelle difficulté, et pas des moindres. En rejoignant le gîte pour le petit-déjeuner, nous pouvons mesurer la nature du terrain que nous venons de parcourir, mais nous replongeons aussitôt dans les nuages, le vent et la pluie. La halte nous fait du bien et les boissons chaudes sont réconfortantes ; pourtant, nous ne traînons pas : il est déjà 8 h 30 et il faut redescendre tout le rempart jusqu’au parking. Pas de photo cette fois : la pluie va nous accompagner jusqu’en bas et la vigilance devra être de mise en permanence pour éviter toute glissade susceptible de compromettre le bon déroulement de cette randonnée exceptionnelle.

Quatre heures plus tard, nous rejoignons le parking. Après nous être changés, nous reprenons la route des « 400 virages » pour regagner la côte et son soleil radieux. Un petit repas en bord de mer sera particulièrement apprécié, et ce soir nous ne tarderons pas à nous coucher : dès demain, nous repartons pour deux nouveaux jours de randonnée.

Qui a dit que nous étions en vacances ?



mardi 6 octobre 2026

De l'île Bourbon à l'île Rouge ! Jour 2 - Les cascades de Saint Gilles !

Cette deuxième journée sera consacrée à une courte randonnée, destinée à nous familiariser avec le terrain, car, à La Réunion, on ne compte pas les distances en kilomètres, mais plutôt en dénivelé et en temps de marche. Nul besoin de réveil : nous sommes à seulement trente minutes de route de Saint-Gilles, le point de départ de notre sortie. À l’issue de cette « balade », nous profiterons des plages de sable blanc, puis nous terminerons la journée sur le port pour admirer le coucher du soleil.

Premiers moments au volant de notre Twingo et premiers contacts avec la circulation locale. Les embouteillages sont nombreux, mais nous avons l’avantage de quitter Saint-Denis et rejoignons rapidement la voie rapide du bord de mer. Trente minutes plus tard, nous trouvons un petit parking où nous garons la voiture.

Sac à dos sur les épaules et gourdes d’eau fraîche à portée de main, nous entamons notre randonnée. Le départ se trouve tout près, et nous repérons rapidement notre point de référence : un canal.


Nous longeons ainsi un canal supérieur totalement à sec en cette saison et la végétation tropicale est bien présente.

Nous allons progresser sur les bords d'une ravine jusqu'à atteindre le fond barré par une cascade !

Nous marchons le plus souvent dans le fond du canal à sec. S'il y avait de l'eau, il faudrait choisir entre se mouiller ou marcher sur la margelle mais gare au vertige pour certains.

Nous nous retrouvons très vite à l'entrée d'un premier tunnel, puis d'un second. Une lampe s'avère utile mais non indispensable car il suffit de marcher en tâtant le plafond avant d'apercevoir très rapidement la lumière de l'autre côté.

Plus loin, c'est une faille étroite qu'il faut emprunter !


Des arbres aux racines interminables tombent du haut de la falaise et côtoient des lianes enchevêtrées. Cette fois le canal est irrigué.

Nous arrivons enfin au bassin Malheur, entouré de hautes falaises friables et dominé par la route des Tamarins. Comme il y a peu de monde, nous en profitons pour faire une courte pause-café et tremper nos pieds dans une eau fraîche et limpide.



Une fois le bain de pied effectué, nous reprenons le sentier en sens inverse et descendons à pic vers le canal inférieur pour rejoindre la ravine. La vue sur notre 2ème cascade est impressionnante.

Un sentier, ponctué de quelques lacets et rendu très glissant par endroits, permet de rejoindre en quelques minutes un canal parcouru par une eau claire et fraîche. En prenant sur la gauche et en remontant le courant, nous arrivons devant une grille, usée par les nombreux passages. Son franchissement s’avère assez difficile sans se mouiller, mais tout le monde finit par passer.

Chacun sa technique !

Arrivée au bassin des Aigrettes !


Ce bassin est très fréquenté malgré son accès difficile, et nous ne trouvons pas d’endroit où nous installer sereinement. Nous profitons néanmoins quelques instants du lieu avant de reprendre le chemin en sens inverse et de franchir à nouveau la fameuse grille.

Un véritable embouteillage s’est formé : chacun doit faire preuve de vigilance pour éviter de glisser dans l’eau ou sur le bas-côté. Une fois l’obstacle franchi, nous suivons le canal inférieur, qui nous sert de guide jusqu’au point de départ. S'il n'y a que 2,5 km de distance, nous aurons néanmoins mis plus de 1 heure et demi pour la parcourir.


Nous suivons le programme et reprenons la voiture pour rejoindre la plage de l’Ermitage, où nous trouvons facilement une place. À nous les plages de sable blanc !

Après moins de 50 m de marche, nous franchissons la dune couverte de palmiers et apercevons l’océan Indien. Avant de nous installer, nous nous rendons dans un restaurant idéalement situé, où nous déjeunons. Bienvenue au Bénitier !


L’après-midi est consacré au repos, car demain nous attendent nos premières véritables difficultés. Cela n’empêche toutefois pas les filles de longer la plage pendant près de deux heures et de constater que le sable blanc est essentiellement constitué de débris de corail, ce qui lui donne l’effet d’une véritable râpe.


De mon côté, je prends un bain de mer, mais, en l’absence de masque et de tuba, il est difficile d’apercevoir quoi que ce soit. De nombreux récifs acérés rendent par ailleurs la baignade délicate. Il faudra penser à emporter notre matériel lors de nos prochaines sorties à la plage.


Cette journée se déroule paisiblement, et cela fait du bien. Nous rejoignons le port de Saint-Gilles pour nous installer à la terrasse d’un restaurant et profiter du soleil couchant en sirotant un cocktail.

C’est aussi cela, les vacances.


Il est 18 h, et le soleil commence sa rapide descente sous l’horizon. N’oublions pas que nous sommes sous les tropiques : le jour et la nuit y sont presque parfaitement équilibrés.

Après ce beau moment, nous reprenons la route vers Saint-Denis, où Philippe nous attend pour dîner et nous présenter le programme du lendemain.





lundi 5 octobre 2026

De l'île Bourbon à l'île Rouge ! Jour 1

Et c’est reparti pour un très grand voyage, du 24 août au 19 septembre 2026. Cette fois, nous partirons à la découverte de deux îles de l’océan Indien, situées à près de 9 000 kilomètres de la France : l’île de La Réunion, puis Madagascar.

Ce projet était lui aussi en préparation depuis de nombreuses années. Il a pris forme après ma rencontre avec Philippe, un officier avec lequel j’avais travaillé lors de mon affectation à l’hôpital de Metz, à partir de 1997. Quelques années plus tard, il s’est installé à La Réunion, qu’il n’a plus quittée depuis. Chaque année, à l’occasion des vœux, il renouvelait son invitation à venir lui rendre visite.

Avec Jean-Marc et Sylvie, nous étions convenus que le départ à la retraite serait le moment idéal pour concrétiser ce projet. Ce moment est enfin arrivé.

Nous sommes le lundi 24 août 2026 et nous embarquons à 19 h sur le vol Air Austral UU974. Demain matin, à 8 h 10, nous atterrirons à l'aéroport Roland Garros à Saint Denis.


Prêts à décoller !

Atterrissage imminent !

Comme convenu, Philippe nous prend en charge dès notre sortie de l’aéroport et nous conduit directement chez lui. Il habite au sein même de l’hôpital principal de Saint-Denis. À partir de maintenant, il ne nous reste plus qu’à suivre le programme qu’il a établi en fonction de nos souhaits et de ses recommandations.

Il nous offre le gîte, une voiture ainsi qu’une partie du couvert. Le séjour s’annonce exceptionnel — et il le sera.

Son "gîte" !

Cette première journée est consacrée à la découverte de la capitale. Après notre installation, nous partons à pied et convenons de retrouver Philippe en fin de journée sur la corniche du Barachois, un lieu emblématique de Saint-Denis.

Pour commencer la découverte, nous rejoignons en quelques minutes, le Jardin de l'Etat. Ce paradis vert de Saint-Denis offre une escapade rafraîchissante pour petits et grands flâneurs. Anciennement Jardin du Roy, il a été aménagé en 1773 par La Compagnie des Indes et servait de jardin d’acclimatation.

Il abrite le Muséum d’histoire naturelle, inauguré en 1855 et tout premier musée à La Réunion. Classé Monument historique en 1978, c’est l’endroit idéal pour découvrir la faune de l’Île Intense mais pour nous ce sera une autre fois. Pour autant, la flore n’est pas en reste ! En nous promenant dans le jardin, nous pouvons découvrir des essences rares mais également des arbres remarquables comme l’Arbre à boulet de canon ou le talipot, arbre centenaire qui ne fleurit qu’une fois avant de mourir.


Premier moment de détente !


Parmi les personnages emblématiques de l’histoire de La Réunion, Edmond Albius (1829-1880) tient une place particulière. C'était un Réunionnais né esclave à Sainte-Suzanne. À seulement douze ans, en 1841, il a mis au point la méthode pratique de pollinisation manuelle de la fleur de vanille, permettant sa culture à grande échelle.

La vanille est une orchidée dont la fleur doit être fécondée très rapidement. Edmond Albius a compris qu’il fallait, à l’aide d’un petit bâtonnet, mettre en contact les organes mâles et femelles de la fleur. Ce geste simple a rendu possible le développement commercial de la vanille à La Réunion, alors appelée île Bourbon. Grâce à cette découverte, La Réunion est devenue pendant un temps l’un des principaux producteurs mondiaux de vanille. Pourtant, Edmond Albius n’a pratiquement tiré aucun bénéfice de son invention. Devenu libre en 1848 après l’abolition de l’esclavage, il a vécu dans la pauvreté et est mort à Sainte-Suzanne le 9 août 1880. Son nom Albius, attribué après l’abolition, fait référence au latin albus, qui signifie « blanc », en allusion à la couleur de la fleur de vanille. 

En sortant par le côté Nord du jardin, nous nous retrouvons immédiatement au début de la rue emblématique de Sant Denis, la rue de Paris avec la mer en toile de fond. A elle seule, elle permet de retracer l’Histoire de La Réunion. Elle abrite de somptueuses villas créoles ayant appartenu aux plus grandes personnalités réunionnaises. La plus emblématique est sans doute la Villa Déramond, où ont vécu les grands-parents de Léon Dierx puis ceux de Raymond Barre. Des varangues (galeries couvertes) aux lambrequins (frises), nous ne pouvons que tomber sous le charme de cette architecture coloniale typique et emblématique.

Rue de Paris, on trouve également le musée Léon Dierx. Baptisé en l’honneur du Prince des poètes, il abrite une impressionnante collection d’œuvres ayant appartenu au marchand d’art et galeriste réunionnais Ambroise Vollard.

Ci-dessous la Maison Mancini-Mas. Cette belle demeure créole de style néoclassique a été achevée en 1857 et présente une façade bleue aux volets bordeaux, avec une sculpture contemporaine remarquable installée sur l'esplanade avant.

La Maison de Boisvilliers qui abrite le conseil général !

Et la Villa du Général, possession de la Région !

La Villa Déramond !

En passant à l'Office du Tourisme, on nous conseille un petit restaurant très local situé à 10 min, l'occasion est trop belle de prendre notre premier repas réunionnais. Impossible de visiter l’île intense sans réchauffer ses papilles avec un rougail saucisses. Plat réunionnais par excellence, sa nature copieuse et sa composition équilibrée (viandes, légumes, féculents) faisaient autrefois le bonheur des ouvriers. Riz, grains, épices et viandes, un quatuor gagnant qui défie le temps pour arriver jusque dans nos assiettes. A la fois relevé et doux, riche et modeste, le rougail saucisses reste depuis une invitation au partage, en toute simplicité. Ce sera le premier du longue série !

Après cette première découverte culinaire, la promenade digestive est la bienvenue. En descendant la rue commerçante Maréchal Leclerc, quasiment piétonnière, nous passons devant la Mosquée Noor-e-Islam, l’une des plus vieilles de France. 

Nous poursuivons notre déambulation à la découverte des différents temples et édifices religieux, qui témoignent de l’extraordinaire métissage culturel de cette île du bout du monde. Aujourd’hui encore, les différentes communautés y vivent côte à côte dans une remarquable harmonie. Partout, la population nous réserve un accueil chaleureux, et les personnes que nous rencontrons affichent en permanence un sourire bienveillant.

Le temple hindou Kalikambal !

le temple chinois Chane ou « Temple de la Traversée Heureuse » !

De l’autre côté de la rue Maréchal Leclerc, en bas de la ville, nous faisons une escale au Petit Marché. Un quartier populaire où l’on vient se ravitailler en fruits et légumes avant de concocter les savoureux plats créoles.



De retour sur la rue de Paris, nous apercevons la magnifique colonne de la Victoire avec en arrière-plan l’ancien et imposant Hôtel de Ville de Saint-Denis.


Descendons toujours vers le bord de mer en rejoignant le quartier de la Cathédrale Saint Sauveur. De jour comme de nuit, ce quartier offre une ambiance jeune et branchée singulière à Saint-Denis. La journée, c’est un lieu de passage pour actifs et étudiants qui viennent y manger dans les restaurants et snacks des alentours ou sur les bancs qui font face à la Basilique de Saint-Denis.

Le soir, c’est une ambiance festive qui s’installe au fur et à mesure que le soleil se couche et que les notes de musique résonnent. Au “Carré Cathédrale”, nom donné à la petite artère piétonne derrière la cathédrale, on déambule entre les nombreux pubs, bars à tapas et restaurants branchés.

La nuit, le quartier de la Cathédrale devient le cœur battant de la ville et nous aurons l'occasion de le découvrir un autre jour.



Si le centre-ville sait stimuler les sens, le front de mer propose une ambiance bien plus apaisée. Le Barachois, lieu emblématique de la capitale réunionnaise, servait autrefois de petit port pour les marchandises des navires. Cette corniche est aujourd’hui un endroit privilégié pour une promenade réconfortante. Depuis la digue et ses canons dressés vers l’océan, nous pouvons profiter d’une vue totalement dégagée face à la mer. En attendant, c'est une bonne occasion pour faire une petite sieste à l'ombre des cocotiers.

L'emblématique Paille en queue !

Après ce repos bien mérité, nous flânons le long du bord de mer puis nous retournons en ville pour suivre à la lettre le programme de Philippe et déguster une excellente glace chez Igloo ! Je vous conseille la Snickers.

De retour au bord de mer, nous retrouvons la Préfecture de La Réunion et la Brasserie la plus célèbre de l’île, Le Roland-Garros. Elle partage la place avec la statue du célèbre aviateur réunionnais né le 06 octobre 1888. Invité en Champagne par un ami, il assiste à son premier meeting aérien et tombe totalement sous le charme de ces folles machines. Deux ans après la naissance de cette passion dévorante, le voilà qui bat déjà un premier record d’altitude, le 6 septembre 1911, avec 3 910 mètres. Roland Garros voit plus grand encore et veut survoler les mers. Il se lance un nouveau défi : traverser la Méditerranée, du jamais vu à l’époque. Le 23 septembre 1913, il va relier Saint-Raphaël à Bizerte sur son monoplan Morane-Saulnier. Une épopée de près de huit heures.

Lorsqu’éclate la Première guerre mondiale, ce pianiste émérite s’engage dans le conflit. A l’époque, l’armement des aéronefs est quasi nul ou presque. L’âme de précurseur et d’inventeur de Roland-Garros va une nouvelle fois faire la différence : il met au point le premier chasseur monoplace doté d’une mitrailleuse tirant à travers l’hélice. Une révolution. Il retourne au front équipé de son nouveau dispositif de tir. Début avril 1915, le sous-lieutenant Garros enregistre trois victoires consécutives en quinze jours mais il est touché par la DCA allemande au-dessus de la Belgique.

Il faut attendre trois ans avant que cette forte tête ne réussisse à s’échapper. Mais la captivité a sérieusement dégradé sa santé. Il est notamment rattrapé par sa myopie et doit se faire confectionner des lunettes en cachette afin de conserver le droit de piloter. Garros l’obstiné repart au combat. Son audace, cette fois, lui sera fatal : il est abattu le 5 octobre 1918 au dessus des Ardennes, non sans avoir gagné un quatrième duel.


Philippe nous rejoint comme convenu pour profiter du ciel orangé du soleil se couchant derrière le Cap Bernard et il a prévu quelques samoussas et autres spécialités pour finir en beauté cette première journée.

Tout laisse présager un séjour exceptionnel !