Réveil à San Cristobal de Las Casas. Située à 2300 mètres d'altitude dans les montagnes verdoyantes du Chiapas, elle bénéficie d'un climat frais. Fondée en 1528, la ville devint la capitale de cette région de 1824 à 1892. Elle doit son nom au dominicain Bartolomé de Las Casas qui défendit les Indiens contre les excès des colons.
Toute la troupe se met en route pour rejoindre le bus !
Nous refaisons une partie du trajet routier emprunté hier pour atteindre le petit village de Chiapa de Corzo d'où démarrera notre activité.
Danseuse à l'entrée du village !
La statue ci-dessous représente Angel Albino Corzo. Elle se trouve sur la Plaza centrale (zócalo), nommée en son honneur car il fut un politicien local influent du XIXe siècle qui contribua au développement de la région. Ce monument rend hommage à sa mémoire, dans un espace emblématique bordé de la fontaine mudéjar La Pila (XVIe siècle), symbole de la ville fondée en 1528. Angel Albino Corzo donne aussi son nom à la ville (Chiapa de Corzo), soulignant son rôle historique.
Sans transition cela me permet d'expliquer le système des castas (métis) de la Nouvelle-Espagne coloniale. Un angel albino (ou simplement "albino" dans les peintures de castas) désigne une catégorie raciale spécifique issue d'un métissage précis : l'enfant d'un Espagnol et d'une morisca (elle-même fille d'un Espagnol et d'une mulata, issue d'un Espagnol et d'une Africaine). Ce terme, utilisé au XVIIIe siècle dans les fameuses séries picturales de castas (comme celles de Miguel Cabrera), ne fait pas référence à l'albinisme médical moderne, mais symbolise une peau pâle ou "blanche" (de alba, blanc en espagnol) liée à une ascendance noire, reflétant les angoisses coloniales sur la fluidité raciale. Ces peintures hiérarchisaient jusqu'à 16-22 mélanges, abolies après 1821, ces notions persistent dans les débats sur l'identité mexicaine, où "blanc" ou "métis" évoque encore cet héritage.
Après le bus, des petits véhicules nous transportent jusqu'à notre point de départ !
Nous y sommes. La visite consiste en un tour en bateau dans le Canyon du Sumidero sur le rio Chiapas. Sur le parcours absolument superbe, les aigrettes tordent leurs cous graciles, dessinent de véritables points d'interrogation tandis que les crocodiles paressent au soleil du matin qui sèche les ailes des vautours et des cormorans. D'autres rapaces planeront au-dessus de nos têtes pendant que nous profiterons des nombreuses grottes et cascades.
Voyez vous la forme du visage ?
Falaise de plus de 1000 mètres !
Arrêt à la grotte de la Vierge de Guadalupe !
La cascade de l'Arbre de Noël, Arbol de Navidad !
Le tour a duré deux heures et nous avons passé un très beau moment. Nous partons maintenant vers le village de San Juan Chamula et de son église si particulière.
C'est parti pour la visite à pied de San Juan Chamula !
Les femmes de San Juan Chamula portent une tenue traditionnelle qui reflète leur identité culturelle et leurs croyances syncrétiques. Le huipil (blouse brodée) est long, noir ou bleu sombre avec motifs floraux ou géométriques colorés symbolisant la terre et la fertilité, souvent orné de perles ou velours ; il est tissé à la main sur métier de taille. La Corte (jupe longue) est un tube de laine bleu noir plié et maintenu par une ceinture tissée (faja), associée à un châle (tz'ute) et parfois un foulard blanc sur la tête pour les cérémonies
Etal de viande !
Préparation des tortilla !
Marché très coloré !
San Juan Chamula est un village tzotzil maya dans les hauts plateaux du Chiapas, à 10 km de San Cristobal de las Casas, célèbre pour son syncrétisme religieux unique mêlant catholicisme et rites préhispaniques. Ce centre spirituel de 80 000 habitants abrite l'église de San Juan Bautista, ouverte 24h/24, où des cérémonies impliquent bougies, copal (encens), sacrifices de poulets et pox (alcool local).
L'intérieur sans bancs est tapissé d'aiguilles de pin, illuminé par des milliers de bougies disposées en motifs rituels ; les fidèles s'agenouillent face à des saints ornés de miroirs (pour repousser les mauvais esprits) et Vierges solaires ou lunaires. Saint Jean-Baptiste prime sur le Christ ; les curanderos (guérisseurs traditionnels tzotzils) soignent avec œufs et poulets. Dans ce lieu les photos sont interdites et nous auront eu droit au sacrifice du poulet.
Après cet intermède très surprenant, nous poursuivons notre déambulation afin de rejoindre le bus resté hors du centre ville.
Si l'habitat est globalement sommaire, il n'en demeure pas moins que certaines personnes affichent fièrement leur réussite.
Franchissons un petit col pour profiter d'un autre village pittoresque, Zinacantan, autre village tzotzil maya des hauts plateaux du Chiapas. Ce bastion indigène de 36 000 habitants (99% tzotzil) excelle dans la culture de fleurs (roses, œillets) et l'artisanat textile féminin brodé de motifs floraux sur métiers à tisser de taille (telar de cintura). Nous allons avoir l'occasion d'assister à une démonstration chez nos hôtes pour midi.
Ce midi, nous mangeons chez l'habitant avec un repas à base de tortillas, de tacos de haricots et de salade de cactus. Mais pour manger, il faut mettre la main à la pâte...
Nous avons très bien déjeuné et nos hôtes nous proposent une démonstration de tissage. Point de métier à tisser. Les femmes tzotzils utilisent exclusivement le telar de cintura (métier à tisser de ceinture ou dorsale), une technique préhispanique maya ancestrale transmise de mère en fille depuis des millénaires. Ce métier portatif se fixe d'un côté à un arbre, une poutre ou un mur (2 m de haut environ), l'autre extrémité s'attachant à la taille de la tisserande via une ceinture en cuir (mecapal), permettant de tendre la chaîne de coton ou laine par tension corporelle.
Assise à genoux ou jambes tendues, la femme passe la navette de trame entre les fils de chaîne (séparés par un bâton), créant brocarts floraux complexes en coton teinté naturellement (cochenille pour rouge, indigo pour bleu). Un huipil complet (1-2 m²) prend 1-2 semaines. Les motifs symbolisent des fleurs (roses d'altitude), des animaux sacrés et le cosmos tzotzil. La finesse rivalise avec des machines modernes.
Evidemment, nous n'aurions pas pu terminer une telle journée sans organiser une belle cérémonie de mariage rituel. Vive les mariés !
Nous rejoignons San Cristobal où nous vaquerons en quartier libre jusqu'au diner qui sera composé de divers ingrédients (tortillas, viande, légumes) grillés sur un bassin de terre cuite rempli de braises ardentes. Délicieux !
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