7 septembre 2026.
Réveil sans réveil. Antsirabe nous garde deux nuits, et ce matin je m'offre un spectacle simple : la ville qui se lève, vue du balcon. En bas, les pousse-pousse tiennent le bitume, élégants et vaillants. Le carrefour s'anime en silence, vélos, charrettes à bras, artisans, écoliers en route pour l'école et marchands amenant leurs marchandises. Chacun trouve sa place dans une chorégraphie si naturelle qu'on la dirait répétée depuis toujours.
Ce jour est consacrée à une randonnée pédestre avec un guide local dans la région de Vakinankaratra où paysages verdoyants de rizières et exploitations de patates douces se fondent au relief accidenté des hauts plateaux. Les paysages et leurs jeux de couleurs y sont époustouflants : verts, bleus, ocre, rouges se juxtaposent avec élégance. Et pour parfaire nos connaissances, nous allons nous immerger dans le quotidien du peuple Vakinankaratra lors de la découverte d’un village aux maisons en briques rouges et aux toits de chaume.
Nous embarquons pour 30 minutes de route et non loin de l'hôtel se trouve la place de l'Indépendance et son monument emblématique. Il prend évidemment la forme d'un vatolahy (pierre dressée traditionnelle malgache) et mesure environ 18 mètres de haut. Il rend hommage aux 18 groupes ethniques de Madagascar, dont les noms ou symboles sont représentés sur la structure. Il arbore une tête de zébu qui incarne la richesse et la culture malgaches. Il fait référence à l'hymne national et à l'éducation comme vecteur de progrès.
Comme à chaque fois, le spectacle est dans la rue !
Un rémouleur au travail !
Petite pause pour récupérer notre guide !
C'est en rase campagne, sous un soleil éclatant, que débute la randonnée ; les premières rizières se dévoilent déjà au fil du chemin. Le tracé initial de 8 km étant jugé trop court au regard du temps disponible, nous sollicitons un itinéraire plus long, de 12 à 14 km. Le guide, attentif à notre souhait, modifiera son parcours en conséquence.
L'arbre du voyageur !
Nous cheminons sur des sentiers ruraux entre rizières en terrasses, collines cultivées et villages de briques rouges, à la rencontre de la vie paysanne.
Entre les rizières !
Les hameaux sont très dispersés et comptent parfois 1 à 2 familles. Nous arrivons justement dans l'un d'entre eux et le guide va nous faire entrer en contact avec une famille qui va nous recevoir dans son intérieur. La maison comporte souvent un étage avec un rez-de-chaussée réservé au stockage et aux animaux. La varangue, véranda couverte, sert d'espace repas et de sociabilité.
L'accès à l'étage se fait par un escalier étroit et donne tout de suite dans la cuisine, toute aussi étroite. De l'extérieur, on l'identifie facilement car le dessus des fenêtres est noir de fumée.
Nous pénétrons dans une première pièce où nous accueillent nos hôtes. Ici vit une famille de 5 personnes.
Et une deuxième chambre !
Juste à côté, les zébus !
Et toujours un enfant pas très loin prêt à être pris en photo !
mais surtout à travailler !
ou à jouer !
Après cette visite très instructive, nous reprenons le cours de notre randonnée à travers les cultures et les rizières !
Comme des équilibristes !
Maisons typiques !
Scène rurale des hautes terres d'un déplacement sur un sentier pour le transport de marchandises ou les trajets quotidiens de deux paysannes en tenue traditionnelle.
La seule ascension du jour qui nous permet d'embrasser un panorama de 360° !
Les deux photographies suivantes montrent des tombeaux. C'est le moment de décrire une tradition ancestrale des ethnies Merina et bientôt Betsileo.
Le famadihana, souvent appelé « retournement des morts », est la grande cérémonie funéraire ethnies des Hautes Terres. Il consiste à exhumer périodiquement les ancêtres de la tombe familiale, à leur offrir de nouveaux linceuls et à les honorer par la musique, la danse et une réunion de toute la parenté. Le terme famadihana signifie littéralement « retournement », mais il ne s’agit pas de retourner les corps : on les réenveloppe dans de nouveaux tissus, puis on les porte en procession avant de les replacer dans le tombeau.
C’est un rite d’ancestralisation : il honore les défunts devenus ancêtres, maintient le lien entre les vivants et les morts, et affirme l’unité du lignage ainsi que son attachement à la terre des ancêtres. Il comporte des étapes bien codifiées :
- Préparation familiale : la cérémonie est décidée par la famille, généralement plusieurs années après le décès, souvent tous les 3, 5 ou 7 ans. Elle exige un budget important, car elle rassemble parents, amis, musiciens et parfois des centaines de participants.
- Ouverture du tombeau : la famille se rend au tombeau collectif en pierre, souvent situé sur une colline ou près du village. Après des discours et des libations, notamment de rhum, la porte est ouverte.
- Sortie des ancêtres : les dépouilles sont retirées du tombeau, enveloppées dans leurs anciens linceuls. Les proches les accueillent avec respect, leur parlent, chantent et dansent.
- Nouveaux linceuls : les restes sont réenveloppés dans un lambamena, linceul de soie ou de tissu précieux, offert par un descendant. Ce geste exprime le soin continu porté à l’ancêtre.
- Danse et procession : portés sur les épaules, les ancêtres sont promenés autour du tombeau, parfois dans le village, au son de la musique traditionnelle, des chants et des danses.
- Retour au tombeau : en fin de journée, les ancêtres sont redéposés dans la crypte familiale, qui est refermée jusqu’au prochain famadihana.
Le famadihana est volontairement joyeux : repas, rhum, musique, danses, retrouvailles et réconciliations familiales en font une grande fête collective. Il ne remplace pas les funérailles, mais constitue une célébration ultérieure des ancêtres, souvent décrite comme une « seconde inhumation ». La dimension festive ne signifie pas l’absence de respect : elle exprime au contraire la conviction que les morts restent présents dans la vie de la famille et qu’ils doivent être honorés, écoutés et entourés.
Nous aurons l'occasion d'apercevoir des rassemblements de familles accompagnés des fanfares et le guide nous rappelle à chaque fois qu'il s’agit d’un rite familial intime et très coûteux. On n’y assiste que sur invitation, avec discrétion, tenue correcte et respect des consignes des hôtes.
Ils apprécient les brioches !
Nous redescendons la colline de l'autre côté pour rejoindre une vallée plus verdoyante et nous cheminons quelques minutes sur un sentier large et très fréquenté par des vélos lourdement chargés. La route du lait. Ici les jeunes transportent jusqu'à 8 bidons de 20 L sur un seul vélo depuis les différents hameaux où se trouvent les vaches et le village important situé à près de 5 km. Un travail de forçat.
L'évènement de la journée se passe juste devant nous avec la chute inévitable d'un porteur qui a cassé la potence de son vélo. Tout va bien mais il ne pourra plus repartir sans une aide extérieure.
Pendant que Jean-Marie examine le vélo, je remonte un bidon tombé en contrebas !
Cet incident se termine bien et fait sourire notre jeune porteur de lait qui sera secouru prochainement par un autre collègue averti du problème et qui viendra avec le matériel de réparation nécessaire. Ici, c'est mora ! mora ! et toujours avec bonne humeur !
Transport collectif !
Zébus de retour des champs !
Pas de panne, juste de l'entretien !
Rizière en eau !
Attention, passage de charrette !
Il est temps de faire un pique-nique à l'ombre d'un arbre !
Poursuite de la randonnée !
Des cris au loin interpellent notre guide, qui change aussitôt de chemin afin de nous faire assister à un tableau éclatant de couleur et de vacarme : le labour d'une rizière immergée, où l'on égalise les mottes de terre en vue du repiquage. Sur cette toute petite parcelle, les deux zébus, pilotés à la voix par les paysans, multiplient les allers-retours, soulevant à chaque passage des gerbes de boue, tandis que les quatre « travailleurs » s'enfoncent jusqu'aux genoux. Une superbe scène de vie quotidienne… pour nous du moins, car pour eux, c'est une simple journée de labeur.
Comme tous les enfants du monde, un rien suffit pour se distraire comme s'accrocher à une charrette de fumier !
Passages délicats !
Tableau de maître !
Le terrain est mis en mottes !
Transport du bois de cuisine !
Nettoyage du corps avant de rentrer !
Culture maraîchère !
Magnifique Furcifer, caméléon géant de Madagascar !
La randonnée se termine au bout de 14 km. Magnifique journée, passée à serpenter au milieu de paysages variés et parmi une population toujours aussi souriante et accueillante. À la sortie du chemin, Momo nous attend avec le 4x4, et nous rentrons paisiblement à l'hôtel, savourant une dernière fois l'effervescence de la route.
Pêcheur !
L'ancienne gare d'Antsirabe !
Profitant du temps qu'il nous reste, Momo nous emmène dans le quartier des artisans. Nous y découvrons trois ateliers aux savoir-faire bien distincts : la fabrication d'objets en aluminium recyclé, la sculpture sur cornes de zébu et le tissage de la soie.
Petites voitures, vélos, pousse-pousse et véhicules fabriqués à partir de canettes, métal et autres matériaux récupérés !
Si on cherche une pièce typiquement antsirabéenne alors il faut visiter l'atelier de travail sur corne de zébu. Les artisans chauffent, découpent, polissent et courbent la corne pour en faire des objets utilitaires ou décoratifs, souvent aux teintes noires, brunes et translucides.
Écharpes, foulards, étoffes et tissages sont réalisés à partir de soie sauvage ou élevée. Il existe également de nombreux articles comme des nappes, chemins de table, vêtements et scènes de la vie rurale malgache brodées.
Encore une très belle journée qui se termine en beauté dans un restaurant local !
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