dimanche 11 octobre 2026

De l'île Bourbon à l'île Rouge ! Jour 8 - Objectif Piton de la Fournaise !

Mardi 1er septembre 2026. Nous repartons pour deux jours dans le sud de l'île, à l'assaut de notre troisième objectif : le piton de la Fournaise. La discussion d'hier soir avec Philippe a entraîné un changement de programme, motivé par une météo incertaine : au lieu de partir dès 5 heures du matin comme prévu, nous avons inversé l'ordre des journées.

Nous quittons donc tranquillement notre point de départ vers 8 heures pour rejoindre notre gîte, situé sur les hauteurs du Tampon. Ce dernier nous placera à une heure de route du volcan pour le lendemain. Ce changement d'organisation nous permet de suivre la route du littoral jusqu'à Saint-Pierre en visitant les lieux d'intérêt sur notre passage, puis d'attaquer la route de montagne en début d'après-midi, le gîte n'étant accessible qu'à partir de 16 heures.

La première visite se déroule au cimetière marin de Saint Paul situé à 40 minutes de route de Saint Denis. 



Situé au bord de la baie, ce cimetière historique offre un cadre saisissant face à l’océan Indien et à la plage de sable noir. Il date de 1788 et fait partie des sites protégés au titre des monuments historiques depuis 2012. Le cimetière abrite les sépultures de familles réunionnaises et de personnalités, notamment celles du poète Leconte de Lisle, dont la dépouille fut transférée depuis Paris en 1977, et du poète Eugène Dayot. On y trouve aussi un monument consacré au pirate Olivier Levasseur, dit « La Buse » : malgré la légende, il est peu probable que le pirate soit enterré là.



Leconte de Lisle !



Ci-dessous la tombe du plus célèbre pirate de l'océan Indien. Né à Calais le 5 novembre 1695, il commence comme corsaire dans les Caraïbes pendant la guerre de Succession d'Espagne, avant de basculer dans la piraterie. Il écume ensuite l'océan Indien et son surnom « La Buse » viendrait de la rapidité avec laquelle il fondait sur ses proies, comme un rapace. En 1721, avec John Taylor, il capture au large de La Réunion le Nossa Senhora do Cabo, un galion portugais qui transportait des richesses fabuleuses (or, pierres précieuses, objets religieux). Ce butin est à l'origine de la légende du « trésor de La Buse », parfois estimé à plusieurs milliards d'euros. Après des années de cavale, il est capturé et pendu le 7 juillet 1730 à Saint-Paul pour piraterie. La légende raconte que, montant à l'échafaud, il jeta un cryptogramme dans la foule en criant : « Mon trésor à qui saura le prendre ! » et depuis ce jour, des générations de chasseurs de trésors ont fouillé La Réunion, les Seychelles et Madagascar, sans jamais rien trouver de concluant.



Encore une histoire rocambolesque, celle d'Éraste Feuillet, capitaine au long cours dont la tombe, à demi ensablée, est l'une des plus curieuses du cimetière marin de Saint-Paul. Son épitaphe énigmatique dit : « Victime de sa générosité, l'arme qui devait le défendre lui donna la mort. »

En 1830, ce capitaine au long cours de 29 ans fait escale à l'île Bourbon, à Saint-Paul. Logé à l'hôtel Lassay, il fait sa toilette le matin… et jette les eaux usées de sa chambre par-dessus la balustrade de sa fenêtre, selon la coutume de l'époque. Malheureusement, le contenu atterrit sur la tête d'un notable qui passait par là, un officier de la caserne de Saint-Paul. Humilié, celui qui a reçu cette averse incongrue provoque le capitaine en duel au pistolet. Et c'est là que le drame devient tragicomédie. Le pistolet de l'adversaire s'enraye au moment de tirer. Feuillet, plutôt que d'abattre un homme désarmé, s'approche pour lui proposer d'en rester là. L'autre s'empare alors de l'arme du capitaine… et le tue avec.

L'épitaphe prend alors tout son sens : c'est bien « l'arme qui devait le défendre » qui lui donna la mort, et c'est bien sa générosité, sa bravade chevaleresque envers un adversaire désarmé, qui l'a tué.


Une fois n'est pas coutume, voici la sépulture collective des marins du Ker-Anna, l'autre grande histoire émouvante du cimetière marin de Saint-Paul.

Le Ker-Anna était un trois-mâts français construit à Saint-Nazaire, commandé par le capitaine Aubain Delahaye, secondé par une quinzaine de marins expérimentés, enrôlés pour la plupart dans les ports bretons. Le navire avait été affrété en 1894 par un armateur nantais pour acheminer aux Comores et à La Réunion du charbon, des madriers, de l'essence, du goudron, des conserves, du vin… et même deux cochons vivants, qui, ironie du sort, sortirent indemnes du naufrage. Arrivé en rade de Saint-Denis le 7 décembre 1894, le navire devait y décharger sa cargaison. C'est alors qu'une tempête surprend le trois-mâts au mouillage : il sombre au large, emportant son équipage.

Son histoire rappelle aussi celle de l’esclavage à La Réunion. Après le cyclone Gamède, en 2007, l’érosion du littoral a révélé des sépultures hors de l’enceinte. Des fouilles ont ensuite mis au jour des tombes du XIXᵉ siècle, probablement liées à des personnes réduites en esclavage et/ou engagées — une attribution que les archéologues formulent avec prudence. Parmi les découvertes figure le squelette d’une jeune femme dont les dents avaient été taillées volontairement, pratique attestée dans plusieurs régions d’Afrique.

La stèle des esclaves !

La prochaine halte aura lieu dans un quinzaine de minutes et en attendant, le panneau ci-dessous nous rappelle combien les plages réunionnaise peuvent être dangereuses même si les attaques de requins sont devenues rares depuis la mise en place du plan "vigie requins" en 2019.


Arrêtons nous maintenant pour une promenade aérienne du côté du cap La Houssaye, site emblématique de la côte ouest.


Le cap doit son nom au capitaine Guillaume La Houssaye, un capitaine au long cours breton originaire du Havre. Ses talents de médiateur entre les colons et la Compagnie des Indes en firent un personnage très apprécié, et son nom resta attaché au cap.

Cette avancée naturelle dans l'océan Indien marque la limite sud de la baie de Saint-Paul. On y vient admirer les couchers de soleil spectaculaires face à l'océan et le ballet des baleines à bosse de passage pendant l'hiver austral. Le site est protégé par le Conservatoire du littoral. Son paysage de savane semi-aride, unique sur l'île, avec ses lataniers bleus, est surtout photogénique pendant la saison des pluies quand il se transforme en un vert surprenant ; le reste de l'année, il offre un décor de « bout du monde » aride et sauvage. Difficile d'imaginer la pluie sur les hauteurs de la Fournaise quand ici nous souffrons du soleil !



Reprenons la route pour une dernière halte avant le déjeuner. Nous filons jusqu’à l’Étang-Salé, où la plage de sable noir est si brûlante qu’il est impossible de la traverser pieds nus. Dans cette petite ville balnéaire, nous trouvons un restaurant pour midi qui propose une autre spécialité locale : le bol renversé.


Le bol renversé est l'un des plats les plus emblématiques et populaires de La Réunion. C'est un plat créole complet et économique, servi dans une assiette creuse (le fameux « bol »), qui se compose traditionnellement de riz blanc, de grains (lentilles de Cilaos ou haricots blancs), cuisinés comme un petit rougail, une viande en sauce ou poisson et des brèdes.

Le nom « renversé » viendrait de la façon de servir : les ingrédients cuits séparément sont renversés/mélangés dans le bol, le riz dessous, le tout arrosé de sauce. Le bol renversé est l'héritier du bouillon répété, plat des travailleurs des champs dans lequel les restes de la veille étaient « répétés » (réchauffés) avec du riz.

Après ce repas roboratif, il nous reste à parcourir une trentaine de km pour atteindre notre gîte mais la circulation est dense et le trajet est tout en virage. Cependant nous avons tout notre temps et nous décidons de poursuivre au-delà du gîte jusqu'à l'impressionnant belvédère de Bois-Court qui domine l'îlet de Grand Bassin.

Le programme initial prévoyait de randonnée dans ce cirque incroyable mais les conditions météo et la qualité médiocre du sentier rendaient ce circuit de 20 km dangereux. Nous sommes à 1 400 m d'altitude et Grand Bassin se situe quelque 650 mètres plus bas. La descente aurait pris environ 2 h et il aurait fallu compter 3 h pour remonter sans faire la boucle.


Les nuages s’amoncellent peu à peu et quelques gouttes de pluie perlent sur le pare-brise. Nous redescendons vers le « 14ᵉ kilomètre », où se trouve notre gîte. Pour y accéder, il faut gravir une pente à 20% que notre Twingo parvient à monter en première. L’effort en vaut la peine : le chalet est très agréable. Nous y dînerons, mais profitons d’abord des dernières lueurs du soleil couchant !


Encore une magnifique Foudi Rouge !





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