mardi 14 juin 2022

Le Honel depuis Bassemberg

Allons découvrir un fond de vallée et plus précisément celui situé au départ de Bassemberg, petit village installé le long du Giessen juste avant de commencer l'ascension du col qui mène à Urbeis. Nous nous garons en bordure de la jolie piste cyclable qui remonte la vallée et l'empruntons justement pendant 1,5 km jusqu'au bourg de Lalaye.

Un peu d'histoire et plus précisément la guerre de 1914-1918. Bassemberg voit sa vie de village bouleversée par la mise en place du "tacot allemand" la Lordonbahn. Ce petit train circulait dans le Val de Villé pour réapprovisionner à l'allée le front fixé sur la crête des Vosges, et au retour ramener les soldats blessés. Ce réseau de 42 km a été construit par des soldats du génie allemand avec des bras de prisonniers russes.

Fontaine remarquable !

A partir de maintenant nous rentrons dans le massif du Honel dont les pentes escarpées autrefois cultivées sont désormais couvertes de forêts. Un petit sentier à la pente sévère va nous mener au premier objectif du jour, le rocher de Notre-Dame.

Vue sur Lalaye !

Nous arrivons au piton rocheux qui supporte une statue de la Vierge miraculeuse de Catherine Labouré, sainte canonisée en 1947. Edifiée en 1865, cette statue n'aurait jamais du se trouver là car le curé de l'époque, Adolphe Bresson, avait commandé une statue de Sainte Aurélie, patronne de la paroisse.  Quoi qu'il en soit il garda la première et depuis lors chaque 15 août donne lieu à une procession. 


Nous poursuivons notre balade et un trou dans la paroi attire notre attention. Un beau tapis de feuilles permet une approche tout en douceur mais le sol semble se dérober un peu plus à chaque pas.

En pratique le trou est inondé et sous les feuilles il n'y a pas la plage mais la boue. Nous sommes devant une ancienne mine d'antimoine. La caractéristique de cet élément est qu'il se situe, comme l'arsenic, entre les métaux et les non-métaux. Fragile, toxique et cancérigène, l'antimoine est souvent utilisé en alliage, avec le plomb par exemple, pour fabriquer des munitions. Evidemment il eut un usage médical dans l'Antiquité où il était un puissant vomitif propre à permettre aux fêtards romains l'engloutissement sans fin (ou sans faim) de mets raffinés.
Une dernière anecdote raconte qu'en juin1658, notre roi Louis XIV est victime d'une grave intoxication alimentaire lors de la prise de Bergues et qu'il reçoit début juillet les derniers sacrements. C'est sans compter l'intervention du médecin d'Anne d'Autriche, François Guénault, qui lui administre un vomitif à base d'antimoine et de vin qui le guérit "miraculeusement". 

Sous le tapis de feuilles !


Pour conclure sur l'aspect minier, il faut prendre en compte que Lalaye comprenait autrefois d'importants gisements. On y exploitait surtout du plomb argentifère à la fin du Moyen-Âge. On retrouve de nombreuses traces d'activités datant du XVIème siècle et des travaux miniers ont été réalisés pendant une centaine d'années à partir de 1748.

En progressant le long du sentier de nombreux affleurements rocheux sont recouverts d'une substance verdâtre que l'on prend à première vue pour du pollen mais il s'agirait en fait de poussière d'or appelée Chrysothrix chlorina.

Nous venons d'atteindre le fond de vallée et prenons maintenant cap à l'Est. La pente s'accentue encore et nous apercevons bientôt le ciel bleu au-dessus de notre tête, signe que le sommet n'est plus bien loin.

Sommet en vue !

Et nous voilà à la Grande Honel à 622 m d'altitude !

Nous cheminons quelques temps sur la ligne de crête qui nous offre un spectacle magnifique sur l'autre versant ce qui nous permet d'apercevoir notamment le village de Steige.

Profitons du point de vue !

Et maintenant la Petite Honel à 565 m d'altitude !

Nous entamons la descente du massif à la recherche d'un coin repas et bientôt nous trouvons un lieu parfaitement adapté pour passer un bon moment de convivialité.

Après toutes les montées du matin il fallait bien songer à descendre mais on ne s'attendait pas à un tel pourcentage. Ouille ouille ouille les cuisses !

Situé à 452 m d'altitude nous atteignons le col du banc forestier où se trouve une très belle cabane pouvant servir d'abri et de salle à manger.

Nous reprenons la direction Sud, Sud-Ouest pour rejoindre Bassemberg non sans profiter d'un superbe point de vue sur Villé.


Passage par le kiosque Bellevue

Nous voici de nouveau sur le versant Sud de la Honel avec le village de Bassemberg en contrebas. Encore une dizaine de minutes et nous aurons fini notre balade.

Des moutons qui ne nous prêtent aucune attention !

Au loin sur les prairies de Fouchy, un troupeau très conséquent de moutons !

Et pour finir un âne magnifique qui suit notre progression avec intérêt !

Encore une bien belle promenade forestière sur les terres alsaciennes qui nous aura vu parcourir environ 14km et gravir 550m de dénivelée.

mardi 7 juin 2022

Mulhouse - 2° partie - Le Street Art

Après un bon repas pris non loin de la gare de Mulhouse, nous démarrons notre 2ème circuit découverte, celui du Street Art. Ce domaine nous est complètement inconnu et nous allons donc profiter avec intérêt de ce sujet proposé par l'Office du Tourisme. Comme nous l'avons vu le matin, Mulhouse se distingue par une architecture "industrielle" exceptionnelle mais également par ses murs peints que nous allons admirer également. 

Le circuit débute par la rue de Moselle et nous entrons dans le vif du sujet avec le concept même du Street Art, découvrons le M.U.R. pour "Modulable Urbain Réactif". Cette idée est née à Paris en 2005, rue Oberkampf, et veut que les œuvres se renouvellent en permanence. Le principe est que chaque mois une nouvelle œuvre remplace la précédente. A Mulhouse, depuis 2013, ce mur a permis de voir près de 60 dessins émanant d'artistes locaux ou venant d'horizons plus lointains.

Aujourd'hui c'est l'artiste parisien RAST, 28 ans, qui expose son dessin. Autodidacte, il commence à taguer à 14 ans et après les lettres il s'attaque au portrait réaliste avec un énorme travail sur les textures. Appréciez en grossissant la photo !


Juste à côté sur un autre mur ce magnifique hippocampe tout en nuances de gris ! Il s'agit du travail de l'artiste ARDIF. Selon le site Artsper, le graffeur raconte le rapport de l'Homme avec l'innovation et la nature. l'Homme a évolué en innovant et chaque innovation s'inspire de la nature.

Et sur un autre mur ce message qui invite le regard à chercher l'œuvre qui se trouve juste en dessous. Ce message lui-même est une commande publique de la ville de Mulhouse. Il a été réalisé par l'artiste Pierre Fraenkel connu pour ses jeux de mots comme "A prendre par coeur" ou "Que serais-je sans toit".

Voici l'artiste KESA qui s'est passionné pour le collage et les vinyles, alors il allie les deux. Un soir il décide de chauffer un disque avec un sèche-cheveux, voyant que le vinyle devient mou il parvient à plusieurs idées et crée de nouvelles œuvres. Il invente son propre monde entouré de volatiles et autres animaux de rue. Il libère ainsi la musique qui s'envole vers le ciel.

Rendons-nous rue de la justice pour une œuvre monumentale (15 m de haut) réalisée par le duo d'artistes photographes et pochoiristes JANA & JS. Réalisé en 4 jours avec des pochoirs et des bombes aérosols, ce décor mérite d'être observé de près (avec des jumelles) car dans la bulle en haut à gauche on peut y apercevoir un couple célèbre en Alsace, Katia et Maurice Krafft, vulcanologues reconnus internationalement.

Autre artiste dont nous verrons plusieurs dessins dans Mulhouse, Abraham CLET. Sa spécialité du moment, détourner les panneaux de signalisation et notamment les sens interdits en y ajoutant une touche d'humour. Il en aurait modifié près de 200 rien qu'ici. Nous en avons localisé deux.


Quittons un court instant le graffiti pour découvrir un autre art de rue, le tricotage. Nous sommes maintenant place Guillaume Tell devant le musée des Beaux-arts installé dans la villa Steinbach depuis le 19ème siècle. L'arbre à gauche a été habillé par un groupe constitué d'institutrices amatrices de crochet.


Plus tard le long de l'Ill !

Et près des installations sportives !

Toujours place Guillaume Tell, c'est le portrait du docteur mulhousien Jacques Latscha qui occupe tout un pan de mur. Il a été réalisé par le graffeur SHAKA en 2014, dans le cadre de la Jam session du Festival Bozar, SHAKA, ami, du fils, l'a réalisé en hommage au docteur, récemment décédé. Ce festival vise la promotion des arts urbains.

Qui n'a jamais eu entre les mains une bobine de fil ou de laine de la marque D.M.C. ? Il faut savoir que Mulhouse fut longtemps une ville au fort passé industriel et le fil reste encore aujourd'hui un produit phare. Le site DMC devient alors une source d'inspiration pour l'artiste Marie-Paule Bilger qui s'intéresse à la flore locale et qui trouve en Emmanuelle Jenny sa duettiste pour mettre en peinture une exposition "Au fil des fleurs". Plusieurs supports seront utilisés et notamment  ces fenêtres au 10 rue de la Loi où fut ouverte la première manufacture de toiles peintes par Samuel Koechlin le financier, Jean-Jacques Schmalzer le technicien et Jean Henri Dollfus, l'artiste. 


Si le Street Art est parfaitement intégré à la ville, il faut aussi parler des nombreuses façades peintes. Rue des Franciscains par exemple, 2 murs en trompe-l'œil réalisé par Fabio Rieti en 1991 présentent quelques personnalités mulhousiennes. 

En haut à gauche vous pourrez apercevoir Alfred Dreyfus, né en 1859 rue du Sauvage, condamné à tort de trahison envers la France en 1894 et réhabilité en 1906. En haut à droite, il s'agit de Josué Hofer, dernier greffier-syndic de la République de Mulhouse qui tient dans ses bras Henriette Reber, premier bébé né français le 15 mars 1798, vous vous souvenez c'est le jour de la réunion à la république Française. En bas à gauche, le mathématicien et astronome Jean-Henri Lambert et en bas à droite Nicolas Koechlin l'industriel et politique accompagné de Jean Dollfus l'industriel philanthrope.
Enfin un petit inconnu tout en bas comme il y en a dans toutes les villes, un "gavroche" mulhousien appelé le "Milhüser Wagges".

Sur cette deuxième façade, on aperçoit tout en haut André Koechlin l'industriel qui ouvrira la première usine de constructions mécaniques en 1826 et sera maire de Mulhouse. A la fenêtre de gauche l'industriel Mathieu Mieg et celle de droite le capitaine Martin Brustlein qui s'illustrera à la bataille de Pavie.
Retour en arrière pour un petit cours d'histoire : "En 1525, le roi de France, Louis XII, étant entré victorieusement en Italie, le pape Jules II, dans ce pressant danger, s'adressa aux ligues suisses et obtint d'elles qu'une armée marcherait au secours de la sainte Eglise. Vingt mille hommes pénétrèrent en Italie; dans le nombre se trouvait une compagnie de Mulhousiens, commandée par Martin Brustlein. Les Français furent battus et durent céder aux confédérés une ville après l'autre. Entre autres actions d'éclat, l'histoire attribue à notre héros la prise de Pavie. La guerre terminée à son avantage, le Saint-Père fit aux Suisses de riches présents et leur décerna à perpétuité le titre honorifique de Protecteurs de l'Eglise, en ajoutant que "sans le solide appui et secours des Suisses la barque de Saint-Pierre aurait sombré."
Enfin nous retrouvons à la fenêtre centrale les trois protagonistes cités plus haut qui créèrent la première manufacture de toiles peintes.

Sinon même les poteaux sont décorés à  Mulhouse !


Encore une belle façade du côté de l'Université Populaire !

Cette autre façade est exceptionnelle par le nombre de symboles mulhousiens qu'elle comporte. Nous sommes Place Lucien Dreyfus qui a fait l'objet d'une complète rénovation avec la mise en place d'un véritable salon urbain avec ses mobiliers démesurés. La fresque quant à elle date de 2001 et a été conçue par Fernand d'Onofrio et Sylvie Herzog. En haut à gauche on peut entrapercevoir la tour de l'Europe construite en 1972 identifiable par ses trois faces concaves. Juste à son côté un autre homme porte un objet plus sombre qui représente la tour médiévale de Bollwerk. Immanquable aussi la roue à aube rouge, emblème de la ville de Mulhouse.

L'homme sur ses échasses est plus surprenant pour nous, il porte le nom de "Schweissdissi" que l'on traduit littéralement par "l'homme qui sue", c'est à Mulhouse la véritable incarnation du travail. L'autre personnage tout à droite porte dans ses bras la colonne Lambert, colonne édifiée en hommage au grand savant mulhousien du 18ème siècle Jean-Henri Lambert, à qui l'on doit de nombreux travaux dans des domaines aussi divers que les mathématiques, l'astronomie, la cartographie ou encore la philosophie.

Un peu plus loin un morceau de quartier totalement imaginaire réalisé en 1991. Ainsi, l'ancienne caserne de pompiers implantée à cet endroit de 1825 à 1972 est-elle évoquée par un vieux camion dessiné sous le faux porche tandis que nous trouvons la seule maison alsacienne à colombages de Mulhouse, en trompe-l'œil bien sûr !

Le dessin monumental suivant vaut le détour car il a été classé parmi les 100 plus belle œuvres de Street Art au monde. C'est le travail de Vinie Grafiti qui a créé cette figure féminine qui change de coiffure et de vêtements selon son environnement. Elle est présente dans le monde entier et je vous invite à visiter son site pour y voir de superbes réalisations.


Et dans un coin de rue, une autre œuvre d'ARDIF !

Après des fresques monumentales voici des dessins minimalistes réalisés par Jaune, Jonathan Pauwels, un street artiste belge. Il a ainsi décoré une quinzaine de coffrets électriques pour y mettre en valeur les employés municipaux dans des situations cocasses. Il partage ainsi son expérience d'ex-agent d'assainissement en mettant en avant le paradoxe entre l'invisible et le visible, c'est à dire en l'occurrence la présence de toutes ces personnes en gilet fluo que l'on ne voit plus. A méditer !

Ci-dessous une œuvre de Fernand Kayser, reconnaissable par la superposition des formes, bombées ou feutrées et colorées.

Encore un trompe-l'œil !

Poursuivons avec des graffes du mulhousien Bernard Latuner qui s'est spécialisé dans les portraits en noir et blanc d'animaux.


Un peu d'art contemporain maintenant avec cette sculpture métallique de l'artiste Sébastien Haller, les Amazones. Elle représente trois femmes et deux hommes et selon les indications les hommes sont reconnaissables car ils possèdent une glotte, je vous laisse juge !


Retour au Musée des Beaux-Arts avec tout en couleurs la Licorne du Fayé de l'artiste Livia de Poli et au premier plan une sculpture originale non identifiée, merci pour votre aide.

Cette fois je sais qu'il s'agit du créateur Jean-Louis Toutain avec sa sculpture "Sans les petites roues". Grâce au guide de l'Office du tourisme je cite "Malgré l’absence de détails, ces personnages communiquent une certaine joie de vivre, une allégresse entre humour, satire et tendresse. Les personnages que crée l’artiste oscillent entre des corps massifs, des rondeurs imposantes et une élégance, des formes épurées et aériennes. Il y a une juste mesure des volumes et Jean-Louis Toutain a réussi à allier la légèreté dans la masse, comme si ces silhouettes volaient ou flottaient tout en douceur". Tout à fait d'accord !

Concluons ce magnifique périple mulhousien avec l'œuvre de l'artiste Yves Carrey, "Le soudeur" dit Le «Schweissdissi», vous vous souvenez sur la grande fresque place Dreyfus. Emblème fort de la ville, c'était sans doute le choix le plus facile à faire pour l’artiste, tant il est porteur de symboles quant au riche passé industriel de la Cité du Bollwerk. La position assise de l’homme est liée au chômage (disparition des grandes manufactures mulhousiennes). Il s’agit pour l’essentiel de pièces de mécanique automobile qui proviennent d’une société de recyclage de matériaux et de vieux outils puisés dans le bric-à-brac personnel d’Yves Carrey.

Il est temps désormais de reprendre la route après une très belle et surprenante journée passée au coeur de Mulhouse. A faire et refaire absolument !