vendredi 27 décembre 2024

La Grande Traversée du Massif Central à VTT - 3

On ne va pas se mentir, ce matin du 4 septembre, il y a une légère tension au moment du départ, car cette troisième étape entre Ouroux et Glux en Glenne constitue notre premier véritable test. Si le kilométrage est correct avec 74 km, par contre on va approcher des 2000 m de dénivelé. Par ailleurs, nous commençons à connaître le terrain et, avec la pluie qui est tombée cette nuit, nous prévoyons de rencontrer quelques obstacles. Heureusement le découpage de l'étape permet une échappatoire au 64ème km, il faudra décider à ce moment-là de la conduite à tenir. Nous allons évoluer essentiellement dans des forêts de résineux et nous profiterons à intervalles réguliers de magnifiques fenêtres paysagères ouvertes sur les vertes collines du Morvan central. Tout le circuit est tracé entre Nièvre et Saône-et-Loire et le fait majeur du jour sera l'ascension du point culminant de la Bourgogne, le Haut-Folin et ses 901 m. On enfile le coupe-vent, on serre le casque, on vérifie une dernière fois les sacs (ça, c'est pour moi) et on s'engage pour une journée qui nous verra assis sur la selle du vélo pendant 7 heures !






Le parcours forestier est plutôt agréable et l'humidité ambiante ne nous gêne pas. Nous roulons tout en gestion car nous savons que la route est encore longue, et de toute façon toutes les occasions sont bonnes pour ralentir comme ce superbe bourbier ou cette ouverture dans la forêt propice à un arrêt photo. Nous nous fixons toujours pour objectif de dépasser la moitié du kilométrage total avant de chercher l'endroit idéal pour la pause repas car il n'est pas toujours aisé de remonter en selle. Mais qu'est-ce qu'un endroit idéal ? Aujourd'hui, Anost sera notre ville étape de midi. Nous avons parcouru 40 km en 4 h et fait la moitié du dénivelé prévu.





Nous déjeunons devant l'écomusée des galvachers, galvachers ? Et bien, c'est l'instant Culture ! Vous l'avez déjà compris avec les nourrices d'Alligny, le Morvan est un territoire difficile. Quand les terres de ce pays ne suffirent plus à fournir les moyens nécessaires à la subsistance de tous, certains Morvandiaux décidèrent de migrer temporairement vers d'autres régions plus prospères, ainsi partirent les galvachers, les conducteurs de bœufs, pour assurer le transport du bois ou les travaux des champs.






Km 64 ! Le niveau des batteries est faible et le Haut Folin est 300 m de dénivelé plus haut. Chacun connaît son matériel et ses capacités, alors la décision de continuer est prise, d'autant qu'il est possible, à partir du sommet, de gérer un tracé tout en descente jusqu'au gîte. A 200 m de l'objectif nous délaissons la piste principale parfaitement roulante pour emprunter un chemin forestier très difficile au moment où il faut économiser son énergie. Certains poussent quand un autre "fait le bourrin". Je ne vois pas de qui il s'agit ! Peu importe la technique utilisée, tout le monde arrive au point culminant et nous savons maintenant que le plus dur est fait. Il suffit de voir les sourires !



Nous utilisons la carte pour une dernière évaluation topographique et 10 min plus tard nous sommes devant notre hébergement. Il s'agit d'une charmante maisonnette dont nous occuperons l'étage, qui comporte une petite cuisine pour concocter notre soupe chaude. Les propriétaires ayant eu l'amabilité de découvrir la piscine, il aurait été impoli de refuser d'y faire un plongeon. Nous ferons de beaux rêves cette nuit car demain est une journée de transition !







La Grande Traversée du Massif Central à VTT - 2

Mardi 3 septembre. Ce jour, il faut parcourir 73 km et 1100 m de dénivelé pour atteindre Ouroux en Morvan. La première étape nous a déjà laissé des traces, mais rien de préoccupant, et deux erreurs d'orientation sans conséquence nous rappellent l'importance de rester vigilant. Pour l'instant, le marquage est plutôt satisfaisant. La nuit a été bonne, les batteries des vélos sont à 100%, les sacs sont solidement arrimés, le moral de la troupe est au beau fixe, nous sommes prêts. Le départ est donné à 9 h car l'étape du jour présente normalement moins de difficultés.





Nous avons quitté l'Yonne pour la Nièvre et nous traverserons momentanément un autre département.

Les premiers kilomètres se parcourent dans des zones boisées et les travaux forestiers démontrent que ce territoire fournit une ressource essentielle pour les fêtes de fin d'année, les sapins de Noël.

Si les chemins sont très praticables, quelques coupures humides interrompent parfois notre progression et nous nous retrouvons aussi à devoir remonter le lit d'un ruisseau qui fait office d'itinéraire, ou est-ce l'eau qui a submergé le sentier ?



Des Charolaises aux Highlands, il n'y a qu'un tour de roue de vtt. S'agit-il d'un présage ? Cette race bovine écossaise est particulièrement adaptée aux régions venteuses et marécageuses et c'est à ce moment-là que la pluie nous surprend, occasion rêvée de tester l'étanchéité de notre matériel. Nous sommes à la lisière d'une forêt lorsque nous nous équipons et nous débouchons quasi immédiatement sur la départementale 6 que nous traversons pour pénétrer en Côte-d'Or. Cela fait une heure que nous roulons. Encore une dizaine de minutes et nous parvenons à l'étang de Champeau. Dorénavant, nous circulons en sous-bois et avec la pluie qui tombe, les chemins se transforment parfois en bourbier et il vaut mieux avoir bien choisi sa trajectoire. Notre objectif maintenant est de nous rendre à la ville de Saulieu où nous avons l'intention de prendre un café et surtout d'acheter notre ravitaillement du jour. Ce sera l'une de nos préoccupations journalières, chaque soir, identifier les commerces disponibles le lendemain, et ajuster les temps de parcours pour s'assurer de trouver la boutique ouverte. Organisation !






C'est l'accalmie en arrivant à Saulieu, ville réputée pour ses nombreux restaurants gastronomiques, idéalement située à mi-chemin entre Paris et Lyon sur la nationale 6. Mais, au grand dam de Denis, point de jambonnettes de grenouilles, à la purée d'ail et au jus de persil, juste un café et les courses pour le midi . On profite néanmoins de l'architecture locale, puis on reprend notre itinéraire avec les inévitables chemins enracinés et rocailleux qui longent les nombreuses rivières. Il nous reste encore cinquante kilomètres à parcourir. 13 h 15, nous venons d'ajouter 20 km au compteur et l'hypoglycémie guette mes camarades, il faut trouver un coin pour manger. L'endroit idéal se trouve à Alligny-en-Morvan qui nous offre une table au bord du Ternin. Il va sans dire qu'après le repas, une sieste s'impose à mes deux compères. Je saisis cette occasion pour découvrir ce village morvandiau qui abrite un musée dédié aux nourrices et aux enfants de l'Assistance publique. Accueillir des enfants en nourrice, ou partir quelques années comme nourrice « sur lieu » : ces pratiques, source de revenus complémentaires pour les Morvandiaux, ont concerné depuis la fin du 17ème siècle plusieurs dizaines de milliers d’enfants, de femmes, de familles. Incroyables récits !



Après ce bon moment de récupération, nous reprenons le chemin pour les trente derniers km qui seront plutôt roulants. Dès le départ, un compagnon à quatre pattes va nous suivre pendant au moins 3 km avec une forme olympique , mais il nous abandonne lorsqu'il débusque une biche qui va bondir juste devant nous. Magnifique !

Le final est très agréable et on va apprécier le tour du lac des Settons avec près de 10 km de single track. Peu avant Ouroux, notre fin d'étape, nous passons devant la stèle du maquis Bernard car n'oublions pas que le Morvan fut un haut lieu de la Résistance avec une trentaine de maquis. Encore un raidillon passé sans encombre grâce à l'assistance et nous entrons dans Ouroux. Ce soir repas au restaurant et coucher de bonne heure car demain c'est l'une de nos trois plus dures journées !








La Grande Traversée du Massif Central à VTT - 1

Il était une fois une bande de potes qui décidèrent de se lancer un nouveau défi après celui réussi de courir un premier marathon, faire la partie nord de la Grande Traversée du Massif Central entre Avallon, la porte du Morvan, et Chalinargues, modeste commune située entre les Monts du Cantal et le Cézallier.

Le parcours se fera à VTT avec assistance électrique en 10 étapes d'environ 70 km de moyenne. Sur le papier, pas de difficultés majeures si ce ne sont les 3 journées avec près de 2000 m de dénivelé. Évidemment, il faudra par ailleurs compter avec la météo, aussi avons-nous choisi le mois de septembre pour pratiquer cet exercice en maximisant nos chances de rouler sous des cieux cléments.

Enfourchez vos vélos et suivez nous !


Voilà quelques mois déjà que l'idée fait son chemin et quelle idée ! 700 km en vtt à travers le Massif Central. Denis a semé cette petite graine en ce début 2024 et depuis elle a bien grandi. Comme tout projet d'envergure, il faut bien se lancer, et bientôt les premières réflexions se font jour pour aboutir progressivement à un contour plus précis du programme, notamment en matière logistique car il y a de nombreux sujets à traiter comme les déplacements sur le lieu de départ et d'arrivée, le découpage des étapes en tenant compte des difficultés prévisibles, la réservation des gîtes, les possibilités de ravitaillement et de réparations, etc...

Cela ne va pas sans mal, car l'indisponibilité de certains hébergements amène parfois à devoir redécouper les étapes, mais le trio (Denis, Jean-Marie et moi-même) est très réactif et, compte tenu du caractère de chacun que nous commençons à bien connaître, nous pouvons faire et refaire l'organisation de ce périple avec toujours autant d'enthousiasme et de bonne humeur. Franchement, comment pourrait-il en être autrement ?

Au début de l'été, le projet est quasiment bouclé et la date de départ est désormais fixée au 1er septembre, le problème principal de notre dépose au point de départ et de notre récupération à l'arrivée ayant été définitivement résolu. C'est Pierre, mon fiston, qui se chargera des transferts.





Dimanche 1er septembre, le grand jour est arrivé. En pratique, cette journée est consacrée au déplacement pour rejoindre notre ville de départ, Avallon. Le véhicule est chargé de bonne heure, nous prenons la route pour Dijon où nous attend Pierre qui nous accompagnera à Courcelles lès Semur. Puisque la météo est favorable et que nous avons du temps avant de pouvoir récupérer l'appartement pour le soir nous décidons d'effectuer une étape de liaison de 50 km quasiment à plat. On s'équipe tranquillement pendant que Pierre ramène le véhicule à Dijon. De la sorte, il pourra assurer notre récupération dans 10 jours, 700 km plus au sud. Nous donnons nos premiers coups de pédales et cette fois, il n'est plus question de faire demi-tour. L'inévitable tension qui précède toujours le début d'un événement majeur disparaît rapidement pour laisser place à un moment d'euphorie car nous sommes préparés et entre gens de bonne compagnie. Après avoir fait et refait nos sacs, établi des check-lists, vérifié le matériel, nous pouvons maintenant nous engager avec sérénité.

Le parcours est très légèrement vallonné et nous quittons rapidement la Côte d'Or pour pénétrer dans le département de l'Yonne et atteindre en fin de journée notre première ville étape située dans le Parc naturel régional du Morvan. Nous récupérons les clés de notre gîte, faisons un bon repas au restaurant et l'heure du coucher arrive vite car demain, nous entrons dans le vif du sujet. Au fait, j'ai commis ma première erreur d'orientation en leur faisant découvrir la ville basse, très basse, d'Avallon alors que notre hébergement se trouvait en centre-ville. Je crois qu'ils n'ont rien vu...


Lundi 2 septembre. Réveil en douceur pour notre véritable première étape. Au programme 73 km et 1550 m de dénivelé, idéal pour se mettre dans le bain. On va tâter quelques contreforts, remonter des vallées merveilleuses en longeant des rivières comme le Cousin, passer à côté d'un monastère, faire notre pause à Quarré les Tombes (est-ce prémonitoire ?), découvrir nos premiers troupeaux ainsi que des paysages bucoliques (expression favorite de Jean-Marie), bref, que du bonheur !






Bucolique ! Qui est fan de ce mot ? Frais comme des gardons nous quittons Avallon et c'est avec entrain que nous rejoignons le Cousin. Fin de la plaisanterie ! On découvre la réalité du terrain en empruntant des chemins empierrés et parfois en avançant dans le lit de la rivière. La progression est entravée par des chablis et certaines pentes nous amènent à mettre pied à terre. On avance comme des escargots et on vient de commencer. Heureusement le moral est bon, en fait c'est juste normal, et la galère ne fait que commencer mais on ne le sait pas encore évidemment. 10 km dans ces conditions avant de rejoindre une piste "normale", on est venu pour du vtt, on est servi !







Reste que la campagne morvandelle est bien agréable lorsque l'on peut profiter des sentiers roulants. Il y a même quelques pistes "vosgiennes" mais elles ne durent pas longtemps. Tiens, encore quelques franchissements particulièrement glissants ! Ce massif nous réserve encore quelques surprises, telles que de magnifiques portions dans des paysages de bocage avec ses hautes haies, à l'instar de la Normandie. En revanche, il peut arriver que la largeur du passage soit à peine supérieure à celle du guidon, et hop ! On frôle alors la végétation que l'on découvre "piquante", nos bras s'en souviennent encore.



Nous roulons plein sud et parvenons au lac de Crescent, l'un des six grands lacs du Morvan. Bocage et premier troupeau de charolaises qui nous regardent passer placidement. 50ème km et près de 4 h 30 d'effort, Quarré-les-Tombes et ses 112 sarcophages mérovingiens nous accueillent pour la pause déjeuner. Nous profitons des bancs situés devant l'église pour nous poser et sortir fromage et saucisson qui seront nos plus fidèles compagnons de voyage. Le ciel varie entre le bleu et le gris et nous nous installons sur une terrasse pour prendre un café avant de continuer notre chemin. Nous avons encore environ une vingtaine de kilomètres à parcourir et tout va bien.






Enfin arrivé au lac de Saint Agnan, fin de notre première étape. Je dis enfin, car il ne restait plus que 23 km, mais les 17 premiers, belle galère ! On part pour suivre une rivière mais le chemin est encombré de cailloux, de racines et d'arbres abattus. Un monastère pour se reposer et rebelote, racines, escaliers, pont glissant et un portage dans une pente improbable, et quelques ronces bien sûr, que du bonheur ! En fin de compte, les obstacles sont rapidement oubliés lorsque nous arrivons au bord du lac que nous contournons pendant 5 km sur un chemin très plaisant. Une bonne bière, un bon repas et maintenant de beaux rêves.